stephane Guyot est le président du mouvement de la reconnaissance du vote blanc

Depuis que les Gilets Jaunes sont apparus dans le paysage politique en novembre dernier, je suis interpelé par de nombreux sympathisants de la reconnaissance du vote blanc qui voient dans cet élan de citoyenneté soudaine une occasion de faire entendre nos revendications en faveur d’une réelle démocratie. Beaucoup ont compris l’importance de traduire par les urnes ce message de colère et d’exigence qui s’exprime si violemment dans les rues.

Les élections Européennes du 26 mai prochain apparaissent ainsi comme une opportunité formidable de joindre le geste à la parole. Il est d’ailleurs fréquent de voir sur les plateaux TV les représentants du pouvoir politique inviter les citoyens à créer leur propre mouvement et organiser leur propre liste pour les européennes. Ce que ne disent pas ces sophistes déconnectés de la réalité, c’est le coût financier prohibitif d’un tel engagement.

Il faut savoir en effet que ce sont les candidats, ou liste de candidats, qui fournissent les bulletins de vote qui seront utilisés le 26 mai. L’Etat ne fournit rien. Il ne fait qu’assurer l’acheminement de l’ensemble des bulletins dans chaque bureau de vote du territoire. Ce sont donc les candidats eux-mêmes qui doivent faire fabriquer, à leurs frais, les documents dits de « propagande électorale ».  Transposée en chiffres, la réalité de ce scrutin se résume ainsi.

La France compte environ 45 millions d’électeurs. Sur les recommandations du ministère de l’intérieur chaque liste de candidats devra fournir entre 45 et 100 millions de bulletins. La moitié sera réservée aux bureaux de vote, l’autre étant distribuée dans les boîtes aux lettres quelques jours avant le scrutin. Les coûts de fabrication de telles quantités sont exorbitants. On peut les estimer entre 300.000 et 500.000€, ceci sans compter les affiches et autres professions de foi.

Qu’il s’agisse des Gilets Jaunes comme des Citoyens du Vote Blanc, la question qui se pose est donc la même. Comment de simples citoyens ordinaires peuvent-ils participer au débat politique et défendre leurs propres convictions ? Quand bien même ils en manifesteraient la volonté, en ont-ils seulement les moyens ?

La question est d’autant plus rageante quand on sait que l’Etat remboursera toutes les listes qui auront dépassé le seuil des 3%. Elles étaient 7, en 2014, à bénéficier de ses largesses. N’y a-t-il pas là un formidable gâchis d’argent public ? Ne serait-il pas plus économique – et écologique – que l’Etat fournisse directement un bulletin de vote unique sur lequel apparaitraient tous les candidats au lieu de rembourser 7 fois le même montant ? Je rappelle à toutes fins utiles qu’il s’agit de l’argent de nos impôts qui est ainsi jeté par les fenêtres. Un bulletin unique ne serait pas seulement économique. Il serait surtout plus démocratique puisque tous les candidats seraient traités à égalité et conserveraient les mêmes chances d’être désignés par les électeurs.

Les Gilets Jaunes qui s’élanceront à l’assaut de la forteresse européenne seront inévitablement confrontés à cette détestable réalité financière. Peut-être trouveront-ils les moyens de financer leur participation aux Européennes, mais concernant les Citoyens du Vote Blanc, la réponse s’impose malheureusement comme une triste évidence. Les nombreux messages reçus ces dernières semaines me confirment qu’il serait aisé de monter une liste du Vote Blanc. En revanche, il parait évident que les sommes en jeu restent totalement inaccessibles. La démocratie a un prix que nos faibles moyens ne nous permettent pas de nous offrir.

La sélection des candidats par l’argent est une forme de discrimination sociale qui éloigne le citoyen des décisions qui le concernent. Une illustration de plus de l’incroyable décalage entre les petites Souris que nous sommes et les gros Chats qui nous gouvernent…