En moins d’une demi-heure, la messe est dite, et les paroissiens se répartissent en petits groupes pour discuter, plaisanter et échanger leurs expériences de la semaine tout en profitant du thé et du café mis à leur disposition. L’Église de Saint Cornelius est en effet avant tout un cercle chaleureux de rencontre et de détente, qui permet à ces chrétiens homosexuels de se retrouver à l’écart des pressions de la société.

 

C’était là la motivation première de Roman Zuiev. Ayant grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah, il explique que son orientation sexuelle, révélée dès l’adolescence, a vite été découverte par sa communauté. Il est excommunié sans appel. Il se sent alors rejeté par les siens et coupable vis-à-vis de Dieu, avant d’étudier la Bible et de se rendre compte qu’elle ne contient en fait rien contre l’homosexualité.

 

Mais ce n’est que quelques années plus tard que Roman trouve enfin sa voie, en entrant en contact avec des associations de chrétiens gay et commence à étudier une nouvelle « théologie gay ». Il réalise alors, avec soulagement, que

 

les normes, la propagande que quelques chrétiens prêchent ne sont pas des vrais standards de moralité et que la haine des homosexuels n’est pas un standard de moralité. J’ai compris que Dieu aime chacun d’entre nous.

 

Roman devient de plus en plus actif dans la défense des droits des homosexuels en Ukraine. En octobre 2010, il est le premier dans le pays à gagner un procès hautement médiatisé contre l’agression homophobe d’un policier.

 

Conservatisme noir-charbon

 

Roman essaye néanmoins de concilier sa foi et son orientation sexuelle en devenant prêtre dans l’Église mormone. Très vite, il se heurte aux pressions de sa hiérarchie, et entreprend de créer son propre mouvement. En février 2011, il fonde ainsi, en direct à la télévision locale, l’Église de Saint Cornelius. Le jour d’après, il est poussé sans ménagement vers la sortie de l’Église mormone.

 

Sa paroisse offre un refuge contre les pressions d’un environnement industriel et patriarcal, ainsi qu’un moyen de pratiquer sa foi contre l’intransigeance des autres religions. Serguei (ou plutôt, de son propre aveu, Ser-gay), originellement un chrétien orthodoxe, explique comment il s’est dévoilé au pope de sa paroisse. Malgré le secret de la confession, il s’est immédiatement retrouvé mis à l’écart de la communauté.