Selon le baromètre Kantar Sofres OnePoint du mois mai publié par le Figaro Magazine, la côte de confiance d’Emmanuel Macron, en hausse de 1 point sur le dernier mois, profite essentiellement d’une forte hausse de ce sentiment chez les sympathisants LR, soit une hausse de 14 points en un mois. Dans quelle mesure ce gain de popularité d’Emmanuel Macron à droite de l’échiquier politique peut-il refléter une incapacité des LR à se positionner sur le terrain économique ?

Christophe Boutin : Effectivement, Emmanuel Macron voit sa cote monter chez les sympathisants LR. Que s’est-il passé dans le mois qui vient de s’écouler pour justifier cette évolution ? Tout simplement que le Président de la République a donné des signaux forts en termes d’autorité de l’État – ou a fait mine de les donner. Si l’on en croit la geste macronienne telle que la conte la droite, il aurait ainsi ordonné l’évacuation de la ZAD de Notre Dame des Landes de ses nervis d’ultra-gauche ; continué de faire voter le projet de loi sur l’immigration qui va limiter celle-ci ; fait évacuer les universités occupée par les hordes bolcheviques ; refusé de céder face à la pression des syndicats de nantis de la SNCF qui paralysent le pays. Depuis le temps que l’électeur LR attendait cela – au moins depuis celui d’un Alain Juppé échouant piteusement dans ses réformes face à la rue –, depuis le temps qu’il espérait voir restaurée cette indispensable autorité de l’État, et le voyant fait en plus par un Président qui donne une image de verticalité du pouvoir, un Président qui terrasse en direct, au Trocadéro, l’hydre trotskiste Edwy Plenel en restant calmement assis devant la Tour Eiffel, on comprend l’embrasement des cœurs et des esprits.

Malgré cette réalité, qui relève pourtant de la plus banale évidence, la droite la plus bête du monde a maintenant les yeux de Chimène pour son sauveur jupitérien.

Certes, le terrain économique est laissé en déshérence, mais il faut se poser la question de savoir pourquoi, et si LR peine tant à proposer un projet économique c’est peut-être parce qu’Emmanuel Macron… le réalise, partiellement au moins. Économiquement, la droite française était en effet partagée entre deux tendances. La première défendait un libéralisme national – sinon nationaliste -, un libéralisme d’entrepreneurs, qui se combinait avec l’existence de services publics ou de grandes entreprises nationales, notamment dans les domaines régaliens. Défiante devant la mondialisation, elle tentait de favoriser les produits nationaux et rêvait toujours plus ou moins d’une sorte d’autarcie. Souverainiste politiquement et économiquement, elle refusait de voir les normes bruxelloises ou les traités de libre-échange faire disparaître des pans entiers de notre économie. La seconde tendance défendait elle la mondialisation heureuse, le libéralisme des financiers et des traders, préférait acheter moins cher en sacrifiant nos emplois, et, comme l’y invitaient tant l’OMC que Bruxelles, voulait éradiquer tout ce qui empêchait une totale concurrence censée faire apparaître un ordre spontané. On comprend que rien ou presque ne séparait cette seconde droite d’Emmanuel Macron. Comment pourrait-elle alors bâtir un contre-projet économique ? La solution serait donc de le faire sur les concepts de la première, mais ce n’est pas possible à LR pour deux raisons : la première est que la « maison commune » qu’est ce parti est toujours censée abriter les deux ; la seconde est que ce serait ajouter aux points communs qui existent avec des partis ou des thèses situés plus à droite.

Bien sûr, l’amélioration des conditions de vie est un élément essentiel, mais elle dépend de choix politiques. Par ailleurs, les conditions de vie ne sont pas que matérielles et, à côté du sentiment d’insécurité économique, cette peur du déclassement, le sentiment d’insécurité identitaire doit aussi être pris en compte.

Edouard Husson : L’économie n’est pas une fin en soi pour un homme politique. C’est un indice de bonne ou de mauvaise santé du pays. Et c’est un domaine dans lequel le pays révèle ou non sa soif d’avenir. L’enjeu, aujourd’hui, c’est de faire de la France un pays moteur de l’industrie 4.0, à limage des Etats-Unis, de l’Allemagne, d’Israël ou de la Corée. Le numérique ne sera qu’un vecteur. Il peut être mis au service de l’économie sans frontières et servir une logique de grands conglomérats tels les GAFA; ou bien être mis au service du local, de l’enracinement, des entreprises de taille moyenne. D’une manière générale, le débat de la prochaine présidentielle mettra aux prises les partisans du statu quo, des positions établies (banques centrales, très grandes entreprises, institutions européennes, OTAN, GAFA, dialogue “people to people” avec la Chine etc….)

la redécouverte de la France périphérique et de sa soif de sécurité, de protection économique, d’encouragement à l’initiative individuelle, d’éducation, de stabilité familiale; il s’agit de mettre le meilleur de la France d’en haut au service des petits, des humbles, des acteurs locaux et de leurs trésors de créativité le plus souvent bafouée, broyée ou ignorée. Le numérique est un vecteur extraordinaire, potentiellement: il peut véhiculer des contenus éducatifs, donner les moyens de l’entrepreneuriat, procurer des instruments de paiement qui ne dépendent pas de l’arbitraire du système bancaire établi, porter une gestion locale de l’énergie, permettre d’exporter un sur-mesure à grande échelle etc….

Le créneau du sauvetage du statu quo et des puissants étant déjà occupé, les Républicains auraient intérêt auraient intérêt à réconcilier l’intérêt de la France périphérique avec le sérieux économique.

Pour conclure, le contre-projet économique de la droite, effectivement nécessaire, doit bel et bien se poser la question des valeurs qu’il entend porter. L’économie n’est pas neutre, les choix économique traduisent des choix de société, et il faut donc les faire de manière claire : face au libéral-progressisme d’Emmanuel Macron, seul un libéral-conservatisme est aujourd’hui à même de structurer à droite un contre-projet cohérent.
GG