Pascal Aubier

Tiens, voici encore du cinéma. Je veux dire qu’il ne s’agit pas de dialogues plus ou moins désopilants filmés plus ou moins n’importe comment mais plutôt du contraire : tout est dit en images avec un minimum de dialogues qui d’ailleurs n’éclairent rien.


Il y a des gens qui sortent de là en se disant qu’ils n’ont rien compris. Ils ont un peu honte ou ils le clament très fort. Il y en a qui discutent. C’est bien que la discussion, comme ça au sortir du cinéma, soit capable d’éclaircissements qui viennent de la sensibilité de chacun et de ce qui trottine dans nos cerveaux. Et aujourd’hui, avec deux de mes plus vieux amis – très vieux réellement – nous avons bien confronté nos points de vue. Avoir un point de vue sur la beauté très étonnante de Scarlett Johansson est un bon point de départ. Et ce n’est pas très difficile. Parce qu’elle est très, très belle. Pour le reste, c’est plus compliqué mais si on se laisser aller cela vient tout seul.

Bon, il faut tout de même le dire pour résumer un peu, c’est l’histoire d’une « personne », d’une créature non humaine qui s’ouvre par accident à l’humanité et à l’amour alors qu’on se demande ce qu’elle et ses congénères viennent chercher parmi nous (en l’occurrence les Ecossais, très formidablement humains  avec ou sans brume). « Les étrangers » auraient plutôt tendance, en revêtant la peau (the Skin) d’une fort jolie femme (humaine trop humaine), à attirer le plus d’hommes possibles dans ses rets et de les engloutir pour on ne sait quelle raison dans leur univers à eux, liquide et visqueux pour ce que l’on en voit. Dit comme ça, c’est moyen. Mais là, dans la lumière, la beauté, l’étrangeté toujours contournée, toujours présente et si séduisante, c’est un régal. On comprend peu à peu que l’être qui a revêtu la peau de cette femme finit par saisir, par ressentir et partager à sa manière l’étonnant sentiment, le surprenant désir de ces hommes pris au hasard de leurs solitudes respectives.

Quand l’être qui a trahi les siens en succombant à ces sentiments si étrangers, sort de la peau si jolie de Scarlett Johansson manifestement désespéré, on assiste à un grand moment de cinéma fantastique comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Au fond, les effets font réellement de l’effet quand ils expriment en même temps quelque chose de fort, de troublant en l’occurrence. Voilà pour ne pas tout raconter. Tout expliquer. Allez voir le film et laissez vous emmener. C’est du cinéma. Et Jonhatan Glazer est un vrai metteur en scène, vous vérifierez.

Pascal Aubier