La tolérance est un sujet sensible quand elle fréquente le libéralisme. Bien des gens de gauche à qui on explique que leurs théories ne sont que chimères nous voient comme des intolérants. Mais les libéraux aussi y vont de leurs critiques quand on leur rappelle les incohérences de la minarchie.

Et puis la tolérance irait avec le libéralisme, le libéral acceptant l’autre qui a ni plus ni moins les mêmes droits que lui, l’acceptation de l’autre servant de passeport à l’acceptation de soi par celui-ci.

Il y a pourtant dans la Liberté celle de pouvoir discriminer, de tolérer peut-être, mais sans pour autant tout accepter. Surtout en matière de principes de Liberté. Alors, tolérant, ou pas ?

Vision Libertarienne du Sujet

En fait cette question de la tolérance cache un double malentendu. Il y a deux grandes questions où la tolérance peut être invoquée, car la liberté s’articule à deux niveaux, pour chacun de nous.

En premier viennent les principes libéraux. Ils sont. Immuables, invariables. Ils existent ensemble et leur cohérence est la garantie de la Liberté. Ils ne sont pas négociables, ce ne serait plus la Liberté. Il ne peut y avoir de concession, donc de tolérance, sur la question de la négociation des principes.

Ensuite vient l’individu, le libéral qui vit en Libertalie, ou ici, parmi tous ses congénères. Pour être libre, il doit reconnaître l’autre comme libre. Pour être toléré, il doit tolérer, même s’il n’aime guère. Mais cela se limite donc au droit mutuel et personne, aucun libéral n’a à tolérer quiconque au-delà. Dans la société libre, tout le monde est toléré, mais personne ne peut se revendiquer tolérable.

Arguments Etatistes Typiques & Réponses

Les libertariens ne sont pas tolérants, ils critiquent même les libéraux :

Il ne s’agit pas de tolérance en fait. Car il ne s’agit pas de discuter des personnes, mais des idées. La Liberté repose sur des principes et briser leur fragile équilibre rend la Liberté sans objet, sans réalité. On ne peut négocier ses principes ni accepter l’atteinte qui en est faite par ceux qui se satisfont de positions bâtardes. Ce serait le début de la fin.

Ce n’est pas une question de tolérance, mais de logique. Parlant de mathématiques, il ne viendrait à personne l’idée de négocier les axiomes qui fondent l’arithmétique, ou les principes qui fondent les lois de la physique. Pourquoi en serait-il autrement en matière de liberté ? Car elle n’est pas une accumulation d’avantages, mais l’effet de principes de droit.

Les libéraux sont des gens rigides qui ne tolèrent personne :

C’est confondre tolérer et accepter. Le libéral reconnaît le même droit à tout le monde et de ce fait accepte le droit à chacun de vivre et d’être laissé vivre. Mais à condition qu’autrui se comporte de même et ne cherche pas à imposer ses vues, taxes, opinions ou croyances. Dans ce cas oui, le libéral devient intolérant, il ne saurait tolérer qu’on ne respecte sa liberté.

 Les libéraux sont des gens de mauvaises moeurs qui tolèrent tout le monde :

C’est en effet ce que beaucoup de libéraux semblent manifester. Sous prétexte du point précédent, beaucoup tolèrent certains qui n’ont pas toujours des moeurs disons orthodoxes. Attention, ne nous trompons pas, affirmons tout de suite que quiconque est bienvenu en Libertalie et doit voir ses droits respectés comme tout autre.

Mais à l’inverse, une fois cela posé, je n’ai personnellement pas à accepter chez moi les gens dont les moeurs ou autres pratiques – ou les blondes ou que sais-je – ne me plaisent pas. Chez moi c’est chez moi et je n’ai à y tolérer personne qui n’aurait mon assentiment.

Citations

« Le libéral se doit d’être tolérant avec les hommes et intolérant avec les idées, en ce sens qu’on ne peut pas admettre qu’une idée et son contraire soient également et simultanément vrais, mais les hommes sont tous également dignes de respect. En France, c’est le contraire qui prévaut sur la scène politique : on est intolérant avec les hommes et tolérant avec les idées. » — Pascal Salin

 «Car ce qui le porte à exiger et à préserver la tolérance, ce n’est pas un égard pour le contenu des théories à tolérer mais la connaissance du fait que seule la tolérance peut créer et maintenir l’état de paix dans la société, sans lequel l’humanité serait retombée dans l’inculture et la pauvreté des temps révolus. C’est avec les armes de l’esprit et non avec celles de la force brutale et de l’oppression que le libéralisme combat la stupidité, l’absurdité, l’erreur et l’esprit du mal. » — Ludwig von Mises

 «Le libéralisme ne propose pas un mode de vie, il offre la liberté, afin que chacun soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. » – Murray Rothbard