Toutes les enquêtes le montrent : il a séduit et conquis les électeurs LR. Aujourd’hui, plus d’une majorité d’entre eux lui font confiance (53 %, selon le baromètre Kantar-Sofres-onepoint du mois de mai pour Le Figaro Magazine, 51 % des électeurs de François Fillon au premier tour de la présidentielle selon l’enquête Elabe-Les Échos, et pour Ipsos, dansLe Point, on monte même à 57 %).

Les sondages sont unanimes et les commentateurs aussi : l’électorat de droite, logique avec lui-même et ses attentes maintes fois déçues par ses leaders, au bout d’un an de macronisme en acte, a enfin trouvé le Président de droite dont il rêvait. Emmanuel Macron coche de nombreuses cases que MM. Chirac et Sarkozy, par nature ou par calcul, n’avaient même pas pensé à glisser dans leur CV.

Sa personnalité, d’abord, y est pour beaucoup. Jeune, moderne, conquérant, littéraire, monarchique, élégant à sa manière, catho-compatible, il est le petit prince bonapartiste 2.0 que les états-majors de droite n’ont jamais osé fabriquer. Son profil inédit les obligera, d’ailleurs, à être bien plus inventif la prochaine fois. Le copier-coller d’un tel produit est absolument inenvisageable.

Mais sa politique, depuis un an, a elle aussi joué un grand rôle. La fermeté face aux bloqueurs des universités et aux cheminots grévistes est, à cet égard, emblématique : alors que la droite à la sauce Chirac – que ce soit en 1986, ou avec M. Juppé en 1995, ou avec M. Villepin en 2003, et le CIP – était la droite de la reculade, M. Macron a fait preuve d’autorité.

Il est vrai que les temps ont changé et que le nouveau Président a, le premier, compris ces changements et les a précipités à son profit. Il n’a plus, comme avant, une gauche puissante en embuscade : le PS est mort et le Président a rallié, dès l’origine, derrière lui les électeurs de la gauche libérale et centriste orphelins. Quant à la gauche radicale, elle est un puissant moteur pour souder derrière M. Macron les électeurs PS et LR : la centrifugeuse Mélenchon fonctionne à merveille. Et le centre inédit inventé par Emmanuel Macron grossit donc vers la droite. Consciemment et sans honte. D’ailleurs, une étude du CEVIPOF publiée dans Le Monde montre que les Français perçoivent nettement ce glissement vers la droite. Sur une échelle de 0 à 10, de la gauche vers la droite, Emmanuel Macron était placé par les Français à 5,2, en mars 2017 (« presque parfaitement au centre »), et il est passé à 6, en novembre 2017, pour arriver à 6,7, aujourd’hui. Alors que les derniers Présidents étaient élus sur une ligne très à gauche ou très à droite et finissaient au centre, le président Macron fait le trajet inverse.

Le macronisme lui-même est atteint du mouvement dextrogyre décrit par Guillaume Bernard, et cela n’a rien d’étonnant de la part d’un homme et d’un mouvement politiques neufs soucieux de satisfaire les attentes de l’électorat conçu avant tout comme un marché à prendre. Et ce marché est indéniablement tourné, dans bien des domaines (éducation, sécurité, immigration), vers la droite.

La question est, désormais, de savoir jusqu’où Emmanuel Macron poussera le curseur. Certains pensent qu’après une phase libérale de droite, en bon équilibriste, le Président donnera un coup de barre à gauche. Selon un visiteur du soir de l’Élysée – et de BFM TV :

« Il y aura un virage à gauche pour la deuxième moitié du quinquennat. Emmanuel Macron sait que c’est la gauche qui l’a élu. »

P. Célérier