La Réserve fédérale américaine vient de décider d’une baisse des taux alors que l’économie américaine se porte au mieux. Qui peut comprendre la politique monétaire que mènent les banquiers centraux aujourd’hui ?

Donald Trump aura obtenu en partie satisfaction. La baisse de taux annoncée par la Réserve fédérale américaine la semaine dernière était attendue, même si elle est assez difficilement compréhensible.

C’est la 1ère baisse de taux depuis 2008 pour la banque centrale américaine. Depuis 2008, là où la crise financière était à son apogée et qu’il fallait à tout prix stabiliser le système financier. 

La situation économique n’est pas mauvaise. Aux Etats-Unis, elle est même plutôt bonne : taux de chômage au plus bas à 3,6%, une croissance supérieure à 2% et une consommation des ménages en hausse de 4%. Enfin, l’inflation ne se situe pas très loin de son objectif à 2% avec 1,7%. 

La FED agit ainsi car elle se retrouve sous pression à la fois des marchés financiers – notamment en fin d’année 2018 où les bourses mondiales avaient décroché de 20%, de Donald Trump – qui veut baisser les taux et faire baisser le dollar, et des incertitudes sur la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

On relève au moins trois paradoxes dont les conséquences sont inconnues en économie.

Le 1er, c’est le paradoxe de la situation.

Cette baisse des taux va à l’encontre des pratiques normales de politique monétaire à situation économique comparable. Quand tous les indicateurs sont dans le vert – croissance, inflation – le mouvement est plutôt à une hausse des taux. On rend l’argent plus cher, on ne cherche pas à relancer l’économie par le crédit. Mais si on baisse les taux quand ça va bien, que fera-t-on quand l’économie aura vraiment du plomb dans l’aile ? Les économistes se divisent sur la question, puisque c’est du jamais vu.

Le 2ème paradoxe, c’est la conséquence des taux négatifs.

Les taux directeurs imprimés par les banques centrales sont tellement bas et dirigent les autres taux à la baisse. Et selon les emprunteurs, qu’ils soient plus ou moins fiables, on en trouve de plus en plus qui empruntent de l’argent en se faisant rémunérer pour cela. C’est le cas de l’Allemagne depuis déjà plusieurs années et pour des échéances de prêts même très longues. Ca l’est aussi d’autres pays surs : la France (à 80%), les Etats-Unis, sur des échéances de remboursement pour l’instant plus courtes donc plus fiables. 

Mais les taus négatifs ne sont plus l’apanage des dettes souveraines. Les entreprises commencent à connaitre des taux négatifs. Un quart de la dette d’entreprise est émise avec des taux négatifs – et même de la dette spéculative (2% de cette catégorie de dette), qui est normalement émises par des entreprises ayant des fondamentaux économiques moins fiables. C’est cette catégorie d’obligations sur laquelle les investisseurs arrivaient à faire de la rentabilité autrefois. Quel est l’avenir des obligations (largement moins risqué que les actions) si cela coûte de l’argent aux investisseurs ? Jusqu’où vont s’étendre les taux négatifs ? Peut-on imaginer acheter sa maison en recevant des intérêts de son propre crédit ?

Le 3ème paradoxe, c’est celui de l’objectif d’inflation recherché par les banques centrales.

Dans tous leurs dernies discours, que ce soit Mario Draghi ou Jerome Powell, n’ont pas toujours indiqué l’inflation comme le moteur de leur décision de politique monétaire. Au contraire, ce qui a semblé pousser les banquiers centraux à agir, ce sont plutôt des attitudes extérieures : celles des investisseurs sur les marchés financiers, celle des politiques et surtout de Donald Trump. 

Mais si l’inflation pose problème, c’est que les économistes ont du mal à en établir les mécanismes. Les politiques de relance des banques centrales auraient dû, en théorie, faire grimper l’inflation. Nous sommes dans un cycle déflationniste.

Peut-on encore considérer que nos instances monétaires sont indépendantes et doivent-elle l’être ? L’indépendance a pour vocation de préserver la recherche du long terme sur le court terme, parce que les causes d’une faible inflation sont plus souvent structurelles que conjoncturelles. Du fait, principalement, de causes structurelles comme la démographie, l’impact déflationniste de la technologie et l’évolution sociétale vers la déconsommation subie ou volontaire.

*L’inflation a toujours été considérée comme une conséquence néfaste des politiques de relance monétaire, elle est détestée de l’opinion publique puisque signifie une hausse des prix mais c’est l’objectif principal à respecter des banques centrales. L’économie est pleine de paradoxes.

*Inflation : la perte de pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix ». L’inflation se distingue donc de la hausse du coût de la vie.

*la Réserve fédérale américaine : la banque centrale des États-Unis. Elle est créée en décembre 1913, durant les fêtes, par le Federal Reserve Act dit aussi Owen-Glass Act, à la suite de plusieurs crises bancaires, dont la panique bancaire américaine de 1907