• Les députés souhaitent que le Conseil et la Commission suspendent les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE 
  • La porte doit rester ouverte afin de moderniser l’Union douanière de 1995 avec la Turquie  
  • Les fonds de l’UE doivent être disponibles afin de soutenir la société civile turque 

Suite à des années de graves reculs politiques et démocratiques, le Parlement recommande de suspendre les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE.

Le parlement européen demeure très préoccupé par le mauvais bilan de la Turquie en matière de respect des droits de l’homme, d’État de droit, de liberté des médias et de lutte contre la corruption, ainsi que par le système présidentiel tout-puissant.

Dans une résolution adoptée mercredi par 370 voix pour, 109 contre et 143 abstentions, les députés ont salué la décision de la Turquie de lever l’année dernière l’état d’urgence introduit après le coup d’État manqué de 2016, mais regrettent toutefois que la plupart des pouvoirs octroyés au Président et à l’exécutif suite au coup d’État soient toujours en place et continuent de restreindre dans les faits la liberté et les droits fondamentaux dans le pays. Les députés expriment leur grande inquiétude quant au rétrécissement de l’espace dévolu à la société civile dans le pays, un grand nombre de militants, de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme étant actuellement emprisonnés.

Tenant compte de la situation des droits de l’homme et de la nouvelle constitution, le Parlement européen recommande de suspendre formellement les actuelles négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE.

Le Parlement soutient les citoyens turcs

Malgré la gravité de la situation, les députés ont exprimé leur volonté de soutenir les citoyens turcs et de garder le dialogue politique et démocratique ouvert. Les fonds de l’UE doivent être disponibles, non pas via Ankara, mais via la société civile turque, pour le défenseur des droits de l’homme, les étudiants et les journalistes, afin de promouvoir les valeurs et principes démocratiques.

Modernisation de l’Union douanière UE-Turquie

Les députés pensent que pour que la Turquie reste économiquement arrimée à l’UE, la possibilité de moderniser l’Union douanière UE-Turquie de 1995, pour inclure par exemple l’agriculture et les marché publics, doit rester une option, mais seulement en cas d’améliorations concrètes en matière de démocratie, de droits de l’homme, de libertés fondamentales et d’État de droit.

Libéralisation des visas

Enfin, les députés invitent la Turquie à remplir l’ensemble des 72 critères de référence pour la libéralisation des visas de l’UE, au bénéfice des citoyens turcs, en particulier des étudiants, des universitaires, des représentants des entreprises et des personnes ayant des liens familiaux dans les pays européens.

Le rôle de la Turquie dans la crise migratoire

Concernant la guerre en Syrie, la résolution rappelle le rôle important de la Turquie dans la réponse à la crise migratoire et les efforts du gouvernement concernant l’octroi de protections temporaires pour les réfugiés. Le Parlement pense que le pays et sa population ont montré un grand sens de l’hospitalité en offrant un refuge à plus de 3,5 millions de réfugiés syriens, mais les invite en même temps à respecter le principe de non-refoulement. Les États membres doivent quant à eux tenir leurs promesses concernant la réinstallation à grande échelle.

Citation

La rapporteure Kati Piri (S&D, NL) a déclaré: ‘‘Si l’UE prend ses propres valeurs au sérieux, il n’y a pas d’autre conclusion possible que de suspendre de façon formelle les négociations d’adhésion à l’UE. Ankara a fait la sourde oreille à nos appels répétés au respect des droits fondamentaux. En plus des graves violations des droits de l’homme, du démantèlement de l’État de droit et du fait que la Turquie détient le record mondial de journalistes emprisonnés, la constitution récemment modifiée consolide l’autoritarisme du Président Erdoğan. Je suis consciente que mettre un terme aux négociations d’adhésion n’aidera pas les démocrates en Turquie. Pour cela, les dirigeants européens doivent utiliser tous les outils à leur disposition pour faire pression sur le gouvernement turc. Le Parlement appelle donc à rendre des fonds disponibles pour soutenir la société civile, les journalistes et les militants des droits de l’homme en Turquie. En outre, la modernisation de l’Union douanière doit être conditionnée à l’amélioration claire de la situation des droits de l’homme.’’