Sous la coupole en béton de la cité sportive, ambiance studieuse, toute la nuit de lundi à mardi. On a compté et recompté les votes. « À la main, et par informatique » explique Inès, de l’instance régionale pour les élections.

Les résultats officiels devraient être communiqués ce matin, mais hier soir, les jeux étaient quasiment faits. Comme prévu, c’est le parti islamiste Ennahda qui arrive en tête, entre 30 et 40 % des suffrages, selon ses dirigeants. Puis en deuxième position, la surprise viendrait du Congrès pour la République de Moncef Marzouki qui pourrait bien coiffer sur le poteau Ettakatol de Mustapha Ben Jaffar, la démocratie sociale tunisienne. L’autre surprise, c’est le score décevant du PDP, le Parti démocrate progressiste. Mais il faut encore faire les comptes, et l’Isie veut faire les choses comme il faut. « Comme dirait Dostoïevski, c’est le dernier centimètre qui est le plus important, dit Ines. On doit être irréprochable jusqu’au bout. Et la démocratie va devoir beaucoup à toutes les petites mains de l’Isie, ces jeunes chômeurs diplômés, qui ont bossé quatre mois à fond ! » Ines sait de quoi elle parle. Comme ses collègues, elle a dormi 2 heures les dernières 72 heures…

Irréversible

Ines, militante acharnée depuis son plus jeune âge, est très déçue de voir émerger les islamistes d’Ennahda. Elle n’acceptera pas n’importe quoi.

Abdel, 46 ans, fonctionnaire et militant d’Ennahda, venu assister au dépouillement, a le triomphe modeste :

« On est surtout très heureux pour la Tunisie, qui a gagné la liberté. Nous, on ne va pas toucher au statut de la femme, elles feront ce qu’elles veulent. D’ailleurs, l’islam est pour l’émancipation de la femme. On ne va pas imposer la charia, les tortures en Arabie Saoudite sont stupides et on respectera les droits de l’Homme. »

Déjà, on sent se profiler une alliance entre Ennahda et le Congrès pour la République : une sorte de bloc conservateur de centre droit et une assemblée où les partis laïques ou progressistes seront minoritaires. Des progressistes qui, dès hier soir, improvisaient une manif sur l’avenue Bourguiba, manière de dire qu’ils veillent au grain, dans un pays devenu très sourcilleux sur ses libertés.

« Il faudra accepter le résultat quel qu’il soit, c’est la volonté populaire. De toute façon, même les islamistes devront tenir compte des droits de l’homme et des acquis, affirme Larbi Chouikha, membre de l’Isie. Je préfère avoir un adversaire en face de moi pour pouvoir mieux le combattre. Même si les islamistes gagnent, ce sera un islamisme à la tunisienne, qui sera obligé de tenir compte de la société civile, des femmes, des jeunes, des réseaux sociaux. Ici, en Tunisie, le processus démocratique est irréversible. » In cha’allah !