WASHINGTON, D.C. – FEBRUARY 6: (AFP-OUT) U.S. President Donald Trump hosts a law enforcement round table on MS-13 at the White House on February 6, 2018 in Washington, DC. (Photo by Chris Kleponis-Pool/Getty Images)

1 100 économistes, dont 14 Prix Nobel, écrivent une lettre au Président Trump et au Congrès pour les avertir du risque majeur qu’est, pour eux, la montée des droits de douane et du protectionnisme – autrement dit la politique de Donald Trump. Ils se réfèrent, dans leur lettre, à une autre, envoyée en 1930 par 1 028 économistes. Ils alertaient alors sur les risques des hausses de tarifs douaniers que comportait le Smoot-Hawley Act. Pas écoutés, une bataille des échanges en résulta. Elle réduisit les échanges internationaux, la croissance, et ce fut 1929.
Les économistes de 2018 citent ceux de 1930. « Augmenter les taxes de protection serait une erreur. Ceci augmenterait, en général, les prix que les consommateurs devraient acquitter… Nos exportations vont souffrir. Les pays ne peuvent nous acheter de manière permanente s’il ne leur est pas permis de nous vendre… Une guerre des droits de douane n’est pas un bon terrain pour développer la paix dans le monde ». La même logique récessive se mettrait en place, mais en plus grave : « le commerce est aujourd’hui significativement plus important pour notre économie ».
Allons-nous faire pire qu’en 29, sous la houlette de Donald Trump ? La sortie américaine de l’accord commercial transpacifique, les menaces américaines sur l’Alena (Mexique et Canada sommés de réduire leur excédent commercial vis-à-vis des États-Unis), les demandes américaines d’échanges équilibrés avec les États-Unis (reciprocal en anglais trumpien), notamment avec l’Allemagne et surtout la Chine vont-elles inquiéter plus, faire investir et échanger moins, antagoniser les relations ? Le commerce est-il « significativement plus important pour notre économie » qu’en 1930 ? Oui quand on voit les allers-retours de composants pour construire une automobile ou le ballet de sous-traitants pour créer un téléphone portable. La complexité, donc la fragilité, des supply chains saute aux yeux. Notre monde est plus interdépendant que jamais, donc plus sensible que jamais.
Le conflit douanier qui commence sur l’acier et l’aluminium, avec la menace américaine d’augmenter de 25% les taxes à l’importation, est dangereux. D’autant qu’il se complète et s’aggrave avec la Chine. Pour l’Europe, on parle d’un délai (de grâce ?) d’un mois. Pour la Russie, un accommodement partiel pourrait naître, le propriétaire majoritaire de Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, ayant « accepté » de ne plus l’être – mais les stigmates vont demeurer. Les demandes vis-à-vis de la Chine sont triples : augmentation des droits de douane sur certains produits (aluminium et acier) pour diminuer les exports, baisse forte et rapide du déficit américain (deux ans pour le réduire de 200 milliards), « vraie protection des droits de propriété » ! Des puces américaines ne seraient plus exportées pour équiper les portables chinois. Huawei et ZTE ne pourraient plus vendre sur le territoire américain. Les autorités chinoises discutent. Mais les importations chinoises de soja américain seraient prévues en baisse, représailles qui ne sont pas de nature à réduire l’excédent chinois ! Et que va-t-il donc se passer avec l’Iran ?
Surtout, la montagne de la dette menace partout, suite à ces taux d’intérêt si bas pour sortir au plus vite de la Grande récession de 2008 et soutenir les bourses. Aux Etats-Unis, en Europe et en Chine, la dette dépasse celle d’avant crise. Le pire, c’est la pénurie de dollars qui menace les pays émergents. Que feront les entreprises trop endettées en dollars, donc en monnaie étrangère pour elles, au moment où les taux courts et longs américains vont monter ? En Argentine, le taux d’intérêt à court terme est passé à 40% le 4 mai (+6,75%), troisième hausse de la semaine, pour respecter (dit la banque centrale) l’objectif d’inflation à 15% (elle est à 25,6%), en fait pour tenir le change. Mais pas assez de réserves et le pays demande 50 milliards de dollars au FMI. La même question va venir sur la Turquie dont la livre a perdu 6% en une semaine face au dollar et la bourse 20% depuis janvier, en attendant le Brésil. Et après ?
Le risque Trump est triple : « un risque à la 29 », économique, par la baisse des échanges qui pèsera sur la croissance, « un risque à la thaïlandaise, comme en 1997 », monétaire, quand les entreprises doivent s’endetter plus cher, puis rembourser une dette en dollars plus chers, plus « une crise trumpienne », politique, pour savoir qui dirigera ce « drôle » de monde.

Jean-Paul Betbeze