Ce qui vient d’arriver à Mike Flynn, son conseiller, doit sonner comme un avertissement : il faut un minimum de correction dans la gouvernance. Même si on est atypique, la vie sociale et politique a ses pratiques. Mike Flynn est ce que l’on eut appelé le hors d’œuvre et le plat de résistance est Trump lui-même. Trump dévale la pente du rejet.

La question des convenances est importante, même quand on veut les changer, même quand on est persuadé qu’elles sont une arme aux mains de ses ennemis. Ce n’est pas en les niant que l’on gagne,  mais en les connaissant mieux que ses adversaires, en les maniant mieux, et en les retournant contre eux. La lutte politique n’est pas un combat de rue, c’est plutôt du judo: il faut prendre appui sur la force de l’adversaire. Tout en  finesse, tout en douceur, sinon en hypocrisie. Ce ne sont pas les  butors qui gagnent.

Pour servir la cause du changement, Trump doit apprendre à parler juste et pas seulement fort. Choquer n’est pas une recette pour obtenir l’adhésion. Parler juste, c’est s’interroger avant de parler ou de tweeter:

– est-ce vrai?

– est-ce recevable?

– est-ce nécessaire?

– est-ce civil ou incivil?

Parler juste, ce n’est pas communiquer, vous savez que nous méprisons la Com; parler juste, c’est autre chose que l’on perd peu à peu de vue dans nos sociétés. Parler juste, c’est être authentique, ce n’est ni dire ce que les gens ont envie d’entendre, ni ce que l’on veut qu’ils pensent. Le parler juste,  quand il est effectif,  ne fait pas s’exacerber les conflits, il ne divise pas, il fait réfléchir. Parler juste ne consiste pas à renier, à abandonner ses idées, mais à les rendre politiquement acceptables, comme une base de discussion et non comme une agression unilatérale. Bien sûr, on ne peut demander à Trump d’être un saint et, à chaque fois qu’il s’exprime, de s’interroger s’il sert ou dessert sa cause, ce serait trop lui demander, mais s’il se posait déjà la question, « est-ce que je  me nuis ou pas? », ce serait  un progrès.

Ses sorties avec l’intention de blesser, d’offenser, ne sont pas constructives, elles sont le témoignage d’une certaine fragilité: il donne l’impression de masquer, de compenser une faiblesse intrinsèque. Le monde est un tout et, cela, Trump ne l’a pas encore compris, tout marche ensemble: la paix, la civilité, le respect des autres, la politique économique, la diplomatie, et tout cela fait partie de la bonne gouvernance, de celle qui se fixe pour objectif de faire bien ce à quoi on croit.

Les oppositions et les désaccords sont la règle, pas d’angélisme là-dessus, mais on peut les traiter de façon civilisée ou de façon barbare. Sur beaucoup de points, nous pensons que Trump a, sinon raison, mais du moins qu’il va dans la bonne direction. Qu’il s’agisse de la bureaucratie, du commerce extérieur dominé par le jeu de la finance, de l’absolue nécessité de la sécurité nationale et domestique, de la sécurité de l’emploi des classes moyennes, de l’objectif de fournir des emplois où on gagne vraiment sa vie, du droit à conserver son identité personnelle et nationale, de l’existence  de limites à l’immigration et au remplacisme, tout cela est éminemment politique et doit faire l’objet de débats protégés, avec liberté de parole, à condition que la parole reste politique. Pas insultante.

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