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Peu de gens le savent et pourtant, la petite ville de Thumeries dans le Nord-Pas de Calais a accueilli l’une des industries sucrières de France les plus connues : Béghin-Say.

Ferdinand Béghin, fondateur de l’entreprise

Tout démarre par une affaire familiale en 1821. Joseph Coget, secondé par son gendre Ferdinand Béghin (1er du nom), fonde la sucrerie de Thumeries dans sa ferme. C’est son fils, Ferdinand Béghin (2ème du nom) qui reprend la sucrerie en 1868. Ce n’est qu’en 1898 que la Société Ferdinand Béghin est créée par ses fils : Joseph et Henri. Ce dernier a un fils, né en 1902 à Thumeries : Ferdinand Béghin (3ème du nom). Il deviendra ainsi l’héritier de la famille Béghin, dynastie de l’industrie sucrière. Rappelé par son père avant la fin de ses études pour le seconder dans la direction de la Société Ferdinand Béghin (du nom de son grand-père paternel), il n’obtiendra pas de diplôme après son bac. Fils du patron, Ferdinand n’a cependant aucun passe-droit. Il travaille comme un ouvrier, ce qui lui permet de connaitre tous les postes. En 1956, il prend les rênes de l’entreprise familiale puis, dès 1967, prend également le contrôle de la société Say, une sucrerie de canne créée à Nantes en 1812 par Louis Say. Il faudra attendre 1972 pour voir les deux entités fusionner pour donner la société Béghin-Say que nous connaissons aujourd’hui.

L’industrie sucrière, le moteur du village

Institué par le décret de Berlin du 21 novembre 1806, un Blocus Continental se met en place dans le cadre de la politique de Napoléon Ier. Ce dernier cherche alors à ruiner l’Angleterre en cessant toutes les exportations depuis l’Europe. La France n’a alors plus accès à la canne à sucre. Vers 1809, Jean-Baptiste Quéruel est engagé dans la manufacture sucrière de Passy par Benjamin Delessert. Il se fait alors remarquer en mettant au point le procédé de raffinage permettant de fabriquer industriellement du sucre à partir de la betterave. La première industrie française de sucre de betteraves est créée à Arras, dans le Nord-Pas de Calais, par le lillois Louis Crespel-Delisse. Puis Joseph Coget et Ferdinand Béghin (1er du nom) fondent la sucrerie de Thumeries. Notons que Joseph Béghin (un des fils de Ferdinand Béghin (2ème du nom) était également maire de la ville sur la période 1919-1938, fabricant de papier, président du Crédit du Nord et administrateur de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. Le développement de l’industrie sucrière s’est donc accompagné de façon assez logique du développement de la ville.

Thumeries, un village culturellement riche

Si en 2002 la société Béghin-Say a été rachetée par Tereos et que seul l’activité de conditionnement du sucre et la recherche ont été maintenues, le village d’environ 4 000 habitants a conservé un patrimoine riche. Plusieurs châteaux y sont toujours implantés. Parmi eux se trouvent le château blanc (datant de 1541), le château de Bellicamps (propriété familiale des Béghin) reconstruit après la Première Guerre Mondiale par Ferdinand Béghin, le château Henri Béghin (datant de 1890) et le château Malle (bâti pour le mariage de Pierre Malle et de Françoise Béghin). Dans le village, certains touristes aiment également découvrir l’ancienne voie ferrée PP (Pont à Marcq – Pont de la Deûle) qui transportait autrefois les ouvriers de la sucrerie, le sucre et les betteraves. Cette voie créée en 1896 a connu un tragique accident de train le 17 février 1948 dans lequel 24 personnes sont décédées. A l’époque, le chef de gare de Thumeries avait par inadvertance laissé partir un train rempli d’ouvrier sur une voie unique sans faire attention au train de marchandises en retard qui empruntait la voie dans l’autre sens. La voie fut abandonnée en 1993 mais une plaque commémorative est restée en mémoire des ouvriers qui ont perdu la vie ici. On ne peut pas non plus oublier de parler du site ornithologique des cinq tailles qui a ouvert ses portes en 2001. Classé zone Natura 2 000, le site offre une diversité de plus de deux cents espèces d’oiseaux sur une superficie de 123 hectares…