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  • Menaces politiques, numériques et terroristes : la distinction pour les entreprises entre les marchés intérieurs jugés plus sûrs et des marchés étrangers difficiles est devenue ténue, car les marchés domestiques font désormais face eux aussi à des risques majeurs.

 

  • La remise en cause de la mondialisation et du libre-échange symbolisée par le résultat des élections américaines et le Brexit annonce une année de forte incertitude stratégique pour les entreprises françaises.

 

  • Une éventuelle volonté américaine de revoir la réglementation internationale pourrait entraîner une transformation du cadre réglementaire mondial.

 

  • Les entreprises peuvent réagir de trois façons, qui correspondent à autant de catégories : les bastions (adoptant une position défensive sur leurs principaux marchés), les requins (ciblant de nouvelles opportunités) ou les baleines (devenant « too big to fail »).

 

Paris, lundi 12 décembre 2016. La distinction entre des marchés intérieurs réputés sûrs et des marchés étrangers difficiles n’est plus justifiée, car les risques se rapprochent de l’Europe. Les menaces politiques, numériques et terroristes, ainsi qu’un cadre réglementaire mondial incertain poussent les entreprises à s’adapter. Voici les principaux enseignements du rapport annuel de prévision des risques politiques et économiques « RiskMap 2017 », publié par Control Risks, cabinet de conseil indépendant spécialisé dans la gestion des risques

Pour consulter la carte, cliquez ici ; pour consulter le rapport complet, cliquez ici.

Nick Allan, directeur général de Control Risks pour la région Europe et Afrique, explique : « Les résultats inattendus des élections américaines et du référendum britannique font de 2017 l’une des années les plus difficiles pour les entreprises en termes de décisions stratégiques depuis la fin de la Guerre froide.

Ce phénomène est appelé à perdurer au cours de l’année compte tenu de l’élection présidentielle en mai prochain. D’après nos prévisions, Marine Le Pen, la candidate du Front National, devrait être présente au second tour, pour finalement s’incliner devant François Fillon. Néanmoins, la mise en application du programme amplement favorable au monde des affaires du nouveau président débouchera sur des mouvements sociaux jusqu’à la fin de l’année. »

Ce haut niveau de complexité et d’incertitude lié aux enjeux politiques et sécuritaires à venir – et illustré par la RiskMap 2017 – obligera les dirigeants d’entreprise à revoir en profondeur leur approche de la gestion du risque.

Control Risks a identifié les grands risques suivants pour les entreprises en 2017 :

  • La montée du populisme illustrée par l’élection de Donald Trump et le Brexit. Le mouvement en faveur d’une reprise en main par les Etats-nations du pouvoir en matière économique et sécuritaire aggrave les incertitudes pour les dirigeants d’entreprise. La prudence est de mise en raison du manque de clarté de ce que seront les orientations politiques des États-Unis et du Royaume-Uni, ainsi que leurs retombées sur les échanges commerciaux et le contexte économique et géopolitique à l’échelle mondiale. On peut prévoir que les tensions politiques vont s’exacerber lorsque le nouveau président américain mettra à rude épreuve la relation économique entre les États-Unis et la Chine, élément crucial de la stabilité de l’économie mondiale. Par ailleurs, les appels en faveur d’autres référendums sur l’appartenance à l’UE ont fait monter d’un cran la nervosité sur les marchés.
  • D’éventuelles ruptures dans la réglementation américaine pourraient entraîner une transformation du cadre réglementaire mondial. La signature par les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat est remise en question et le Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act et le Foreign Corrupt Practices Act pourraient être profondément modifiées, voire abrogées. On peut alors s’attendre à un effet domino sur la réglementation à travers le monde.
  • Complexité croissante de la sécurité numérique. 2017 verra l’émergence de réglementations contradictoires sur les données. Les réglementations en matière de protection des données des États-Unis et de l’UE sont diamétralement opposées. Le Marché unique numérique de l’UE est isolationniste. La Chine et la Russie votent de nouvelles lois de cyber-sécurité. La conséquence sera un repli nationaliste en matière de données, obligeant les entreprises à stocker les données localement, à un coût plus élevé, car elles seront dans l’impossibilité de satisfaire aux obligations réglementaires en matière de transferts de données internationaux.
  • Persistance des menaces terroristes. La menace terroriste restera forte en 2017, mais sera davantage fragmentée. La perte par l’État islamique des territoires sur lesquels il avait la mainmise en Syrie et en Irak va entraîner un exode de combattants expérimentés, notamment vers l’Europe. La réponse à adopter face au terrorisme est de plus en plus complexe pour les entreprises. Il est essentiel de s’adapter aux risques, notamment à travers l’adoption de solutions big data, de surveillance des possibilités de radicalisation des employés, et de réexamen de leurs politiques de sécurité et d’anticipation.

Pour Nick Allan, « l’essor du numérique rend le risque omniprésent. La distinction entre des marchés intérieurs sûrs et des marchés étrangers dangereux a disparu dans une large mesure.

Les craintes que suscite toujours le terrorisme en France vont certainement provoquer le prolongement de l’état d’urgence (mis en place après les attentats de novembre 2015) en 2017 avec un maintien important des forces de l’ordre dans les endroits stratégiques. »

Les entreprises vont mettre en œuvre différentes stratégies pour protéger leur valeur et saisir les opportunités en 2017. Les différentes réactions des entreprises les classeront en trois catégories, celle des bastions, des requins ou des baleines.

  • Les bastions adopteront une attitude défensive et se concentreront sur leurs métiers et leurs marchés de base. Ils se débarrasseront des actifs non productifs, renonceront aux fusions infructueuses, réduiront les coûts et retarderont leur développement. Quoique particulièrement associée au secteur des minerais, du pétrole et du gaz en raison de l’effondrement des prix des matières premières, la stratégie du bastion caractérise également le retranchement du commerce de détail et le rapatriement des capacités de production par les fabricants.
  • Les requins craignent moins le risque et partiront à la recherche d’opportunités dans le cadre de nouvelles activités et de nouveaux sites. Les services financiers, confrontés à une incertitude réglementaire et à la montée d’autres centres décisionnels parmi les pays émergents, sont susceptibles de prendre des risques pour bénéficier de la prime aux précurseurs sur les marchés frontières ou dans des secteurs nouveaux tels que la « fintech ».
  • Les baleines vont exploiter leur trésorerie pléthorique et le faible coût du financement pour procéder à des mégafusions et monopoliser des marchés. Les principaux risques proviennent des protectionnistes et des défenseurs de la régulation concurrentielle. La consolidation est à l’œuvre sur les secteurs des technologies, de la pharmacie et de l’agro-industrie, qui ont souvent exploité les réglementations en place pour s’arroger des positions de marché dominantes.