La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur répondait au journaliste des 4 Vérités concernant sa loi sur le renseignement. Le ministre se posait comme sûr de lui, sûr de son fait et de son texte, invitant les détracteurs à le lire et se convaincre de sa pertinence, du juste équilibre entre liberté et sécurité.

Notamment, il a plusieurs fois insisté sur le contrôle procédural intégré, c’est-à-dire sur la vigilance assurée par les diverses autorités prévues pour certes éviter les abus et la menace de Big Brother.

Je n’ai pas lu son texte et ne le lirai pas. Ce que j’en ai entendu me suffit à être certain que ce texte – qui vise notamment à une plus grande mise sur écoute de l’internet – n’est qu’une vile farce.

Si on prend l’incident TV5 pour illustration, il est facile de montrer que la solution ne viendra que d’une plus grande liberté, pas d’une loi de surveillance. D’abord, techniquement, TV5 est un incident technique. Il a été rendu possible parce que l’entreprise avait fait des choix risqués en laissant béantes trop de failles dans ses systèmes. Vue la gifle prise, on peut penser que la direction va adopter les mesures qui s’imposent. Ou pas. C’est sa liberté que de faire ce choix.

Ensuite, toute entreprise ferait appel à la police dans un tel cas, ou à une justice adaptée. Mais dans ce monde sans frontière, rien de tout cela n’existe. On peut affirmer que l’existence des états territoriaux au monopole de la force a été et reste un frein au développement d’une justice du Net.

Quoi qu’il en soit, les vandales se voulaient porteur d’un message. N’oublions jamais la liberté d’expression. Ici elle a conduit à des actes qui doivent être jugés de par leur vandalisme. Mais les idées qui sont derrière n’ont rien à faire dans une telle procédure, de même qu’elles n’ont rien à faire dans les attendus d’un texte de loi quelconque. Une idée ne se combat pas sur le terrain physique, mais sur le terrain des idées. Soit elle est fausse et on l’explique. Soit elle relève de fausses croyances et ces croyances doivent être décrédibilisées comme telles. Par l’explication, pas la loi.

Le ministre veut mous rassurer par les contrôles prévus par son texte. Mais pourquoi faudrait-il des contrôles si le texte ne présentait aucun risque pour la liberté ? Et en quoi le contrôle par une autorité plutôt qu’une autre changerait le risque de voir ces personnes abuser de leur pouvoir ?

La cybersécurité ne change rien aux principes de la liberté d’expression. L’état doit s’en tenir loin.

Stephane G