En tirant la semaine dernière la troisème de ses « flèches » [1], le Premier ministre japonais Shinzo Abe a lancé un vaste programme de relance de l’activité, pour enfin sortir l’archipel de sa « décennie perdue ». Un souffle nouveau pour le pays, qui avec une dette publique de près de 240%, un déficit qui avoisine les 10% ainsi qu’une croissance qui peine à franchir la barre des 1%, nous rappelle les performances de l’Espagne, de l’Irlande ou de la Grèce. Après deux décennies déflationnistes, le Japon a-t-il les moyens de renouveler son « miracle économique » ?

Les médias sont nombreux à dénoncer un Japon qui ne serait plus que l’ombre de lui-même. Car il est vrai que le Japon est plongé depuis vingt ans dans les tourments d’une crise associant faible croissance et baisse des prix. Il est vrai aussi que le fardeau de la dette japonaise pourrait d’ici quelques années mettre le pays en danger. Mais l’arrivée au pouvoir en décembre 2012 d’un nouveau Premier ministre est en train de tout chambouler : héritier d’une famille qui a déjà fortement marqué l’histoire du Japon, et lui-même ayant déjà été Premier ministre, Shinzo Abe pourrait bien être l’antidote dont le Japon a tant besoin. Après avoir largement gagné la chambre des représentants de la Diète, s’il réussit les élections de la chambre haute cet été, il aura alors carte blanche pour mener à bien ses réformes fondamentales, et insuffler au Japon ce renouveau qu’il attend depuis vingt ans.

La dette japonaise, cet inquiétant fardeau

Si aujourd’hui tous les espoirs d’un « come back » japonais reposent sur l’interventionnisme de Shinzo Abe, c’est parce que le pays vit une situation critique, qui pourrait bien déboucher sur une explosion dramatique de la dette publique :

  • Bien que détenue à 95% par les résidents japonais, la dette risque à terme de constituer un danger pour l’économie du pays. En effet, la politique de drainage de l’épargne privée vers la dette publique ne pourra pas perdurer indéfiniment. Les prévisions du ministère de l’Économie japonais (METI) indiquent qu’en 2020 le stock d’actifs financiers nets des résidents pourrait devenir inférieur au stock de la dette publique.
  • Le commerce extérieur du Japon subit de plein fouet la conjoncture économique déprimée aux États-Unis et en Europe. Essentiellement tournées vers l’export, les industries automobile et électronique subissent les effets de la contraction de la demande occidentale. Côté offre, l’arrêt des réacteurs nuléaires provoqué par le séisme de Fukushima a fait bondir la facture énergétique et entraîné une hausse de 12% des importations. Résultat : en 2011, et pour la première fois depuis 1996, la balance commerciale du Japon est déficitaire.

Le caractère éphémère de la ressource que constitue l’épargne privée, associé à la crispation du commerce extérieur nippon, impliqueront à l’avenir la nécessité pour l’État de recourir aux investisseurs étrangers pour financer sa dette. Alors soumis à la confiance des marchés internationaux, le gouvernement japonais ne pourra décemment plus emprunter à volonté sans voir les taux d’intérêts augmenter. Le service de la dette [2] exploserait et l’effet boule de neige annihilerait toute capacité d’éviter une crise dévastatrice. Avec en arrière-plan une déflation qui empêche le japon de compter sur une dévalorisation de sa dette, le risque de paralysie complète des capacités de financement est bien réel.

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