Plums of Smoke from Factory

A l’occasion de l’ouverture de la COP 21, qui vise à trouver un accord permettant de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C, rappelons que plusieurs projets ont été étudiés pour tenter de refroidir la planète.

Réfléchir les rayons solaires

Modifier artificiellement le climat terrestre fait partie du grand projet de la géo-ingénierie climatique. Concrètement, les chercheurs souhaitent faire baisser la température de la Terre en réduisant la quantité de rayonnement solaire reçue. Pour cela, différentes idées plus ou moins originales ont vu le jour, sans toutefois être tentées. Parmi elles, l’envoi en orbite autour de la planète de milliards d’engins dotés de miroirs censés réfléchir les rayons solaires. Le projet avait été proposé en 2006 par l’américain Roger Angel et aurait permis de renvoyer 1% du rayonnement solaire pour quelques milliers de milliards de dollars…

Envoyer des particules dans l’espace

Paul Josef Crutzen, météorologue néerlandais détenant un prix Nobel, a proposé de projeter dans la haute atmosphère des particules de soufre pour contrer le rayonnement du soleil. Des millions de tonnes de soufre seraient continuellement envoyées via des tuyaux, des avions ou des ballons. Un projet qui, malgré les apparences, fait partie des plus convaincants. En effet, il s’inspire d’un phénomène naturel observé lors d’éruptions volcaniques importantes (comme le Pinatubo en 1991). Les colonnes de fumée soufrée atteignent facilement la stratosphère, ce qui entraîne un refroidissement local de quelques années.

Un autre projet plus récent, conduit par deux chercheurs d’Harvard, concerne l’envoi de nanoparticules de diamant ou d’alumine (oxyde d’aluminium) dans l’atmosphère. Généralement, les scientifiques préconisent dans leurs études les sulfates mais selon un des auteurs du nouveau projet, les particules de diamants seraient 50% plus efficaces que les autres particules. La modélisation effectuée estime à 450 000 le nombre de tonnes de nanodiamants à envoyer pour espérer réduire de quelques pourcents le rayonnement solaire, ce qui coûterait environ 50 milliards de dollars. Pour l’heure, personne ne tentera d’entreprendre un tel projet car les effets ne sont pas connus et rien ne dit qu’en envoyant certains produits chimiques dans l’atmosphère, des réactions chimiques n’aient pas lieu.

Capturer le CO2 dans les océans

Les océans sont des réservoirs naturels de CO2. Il absorberait déjà chaque année 18 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, ce qui n’est plus suffisant compte-tenu de l’activité anthropique qui vient aggraver les émissions de CO2. Des études ont montré qu’en stimulant la photosynthèse du phytoplancton, de plus grandes quantités de gaz pourraient être absorbées. Sa croissance est accélérée par l’ajout de fer. Mais le problème ne sera pas réglé pour autant. En effet, une fois absorbée par les microalgues, le carbone va s’oxyder en consommant l’oxygène dissous dans l’eau. Par effet boule de neige, cette solution conduirait donc à la prolifération de bactéries productrices de protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre qui détruit la couche d’ozone. D’autre part, il faut également penser à faire un bilan complet, bilan qui finalement s’avère négatif puisqu’il faut prendre en compte l’extraction et le transport du fer, qui consommera plus de dioxyde de carbone que ce qui pourra être stocké via cette méthode.

Inverser le phénomène de fonte des glaces

La fonte des glaces est à l’origine de l’élévation du niveau de l’eau et donc de l’immersion de terres habitables. Elle engendre de ce fait des déplacements de population qui pourraient, à terme, conduire à une augmentation non négligeable des réfugiés climatiques. D’autre part, la fonte des glaces provoque un apport conséquent d’eau douce qui fait baisser la densité des eaux froides et salées de l’Arctique. Les courants marins sont modifiés, avec toutes les conséquences que cela implique. Certains chercheurs proposent donc de regeler la calotte glaciaire. Peter Flynn, scientifique canadien de l’université d’Alberta, a développé son projet qui consiste à pomper de l’eau de mer pour la déverser sur la banquise, qui retrouverait de ce fait une certaine épaisseur (puisque l’eau gèlerait). Mais cette option n’empêcherait pas la fonte des glaces. En revanche, comme la banquise ne serait plus constituée d’eau douce mais d’eau salée, c’est bien de l’eau de mer dense qui alimenterait les courants marins. Selon Peter Flynn, une telle solution coûterait 50 milliards de dollars.

Des actions souvent controversées

En 2012 par exemple, un homme d’affaires américain a déversé, dans le cadre d’un projet de géo-ingénierie, cent tonnes de sulfate de fer dans l’océan Pacifique au large des côtes canadiennes. Il souhaitait favoriser le développement de phytoplancton (dont la croissance est stimulée par le fer) pour piéger du CO2. Révélée par The Guardian, l’action a été très mal accueillie au sein de la communauté scientifique. En effet, même si le projet était plutôt intéressant et porteur, il a été exécuté sans aucun contrôle. Un des responsables de l’ONG canadienne ETC avait précisé à l’époque que l’homme d’affaires « Russ George affirme qu’il avait des scientifiques avec lui mais il refuse de donner les noms. Il est donc difficile de savoir ce qui a vraiment été fait ». Plusieurs règles ont aussi été enfreintes, ce genre de pratiques étant dénoncé au nom de la Convention sur la diversité biologique et de la Convention de Londres.

La géo-ingénierie, une vraie solution ?

Oui et non… Olivier Boucher, météorologue, explique que « Le fait même de parler de ces techniques pourrait inciter les politiques à ne pas faire les efforts nécessaires en matière de réduction des émissions de CO2. C’est ce que les Britanniques appellent le « moral hazar », « l’aléa moral » en français. Mais ne pas en parler n’est pas non plus la solution. ». La géo-ingénierie risque fort de faire partie des débats de la COP 21. Toutefois, elle ne pourra en aucun cas remplacer les mesures que chaque pays doit prendre pour minimiser son impact sur le réchauffement climatique. Il est bien évident qu’un comportement constant et responsable aura des effets plus visibles et fiables que des techniques pour rattraper nos erreurs, techniques qui ne présentent aucune garantie durable. D’après les termes employés par Olivier Boucher, ces techniques ne feraient que « masquer le réchauffement », sans en combattre la réelle cause. Comme l’explique le Huffington Post, la géo-ingénierie pourrait avoir des conséquences néfastes pour la planète. L’exemple de la pulvérisation des particules de H2S dans la stratosphère pourrait en effet réduire les précipitations en Amazonie ou en Afrique, ce qui accentuerait les phénomènes de sécheresse déjà visibles dans certaines régions du monde. Chaque solution doit donc être étudiée avec une extrême prudence, de peur de faire pire que mieux. Mais la géo-ingénierie aurait aussi des conséquences politiques, notamment au niveau de la gestion des moyens déployés par chaque pays.

Pour l’heure, il est donc plus sage de continuer les études, sans pour autant les tester de façon précoce, et d’apporter toute la meilleure volonté pour atteindre les objectifs fixés par la COP 21. L’élaboration d’un protocole permettant à la fois de remplacer celui de Kyoto et d’atteindre une limitation du réchauffement climatique à 2 degrés apparait comme primordial.

A.G