Hubert Védrine déclarait le 18 décembre sur le site Telquel.ma : « Il peut y avoir des situations semi-chaotiques durables. Au Moyen-Orient par exemple, aucune puissance ne peut l’emporter complètement. Ni l’Iran, ni l’Arabie Saoudite, ni la Turquie, ni Israël, ni l’Égypte.

Chacun veut imposer sa loi à l’ensemble de la région, et cela peut continuer très longtemps. Les puissances extérieures ne peuvent pas réorganiser le Moyen-Orient. Il y a également la question de la relation États-Unis/Chine, avec le problème de la Corée du Nord qui les amène actuellement à coopérer… mais qui va l’emporter au final ? Par conséquent, il ne faut quand même pas écarter l’hypothèse, même si c’est perturbant, qu’il puisse y avoir une situation durablement instable.
Des pays ou des entités peuvent contribuer plus que d’autres à réorganiser tout cela. Par exemple, la France essaye actuellement de mettre en place une vraie politique étrangère, à la fois réaliste et ambitieuse. Au Moyen-Orient par exemple, Emmanuel Macron a le contact avec tout le monde. Ce n’est pas une fin en soi, mais cela peut aider. »
Hubert Védrine est né le 31 juillet 1947 à Saint Sylvain Bellegarde, dans la Creuse. Après Sciences Po Paris et une licence d’histoire, il entre à l’E.N.A dont il sort en 1974 (promotion Simone Weil) au Ministère de la culture.
En 1981, le Président François Mitterrand l’appelle à l’Élysée à 34 ans comme Conseiller diplomatique. Il devient Porte-parole de l’Élysée en 1988 après la réélection de François Mitterrand, puis Secrétaire Général en 1991. Il le restera jusqu’en 1995, ayant passé quatorze années à l’Élysée.
Cette année-là, Hubert Védrine rejoint le Conseil d’État – où il a été nommé, en 1986, Maître des requêtes. En 1996, il rejoint le cabinet d’avocats Jeantet et Associés.
La même année, il publie chez Fayard un ouvrage de 800 pages sur la politique étrangère de l’ancien Président: « Les Mondes de François Mitterrand. »
En mai 1997, après la victoire du PS aux législatives, Lionel Jospin le choisit, et le Président Jacques Chirac le nomme Ministre des Affaires étrangères, fonction qu’il conservera cinq ans jusqu’au terme de la cohabitation en mai 2002. Il dira de lui :
« Ce qui caractérise Hubert Védrine, c’est une grande finesse d’analyse alliée à une parfaite maîtrise des rouages diplomatiques, la fidélité à des convictions affirmées en même temps qu’une ouverture d’esprit à rebours de tout esprit dogmatique. À cela s’ajoute ce qui fait de lui un homme d’un commerce toujours agréable : sa courtoisie, sa pondération naturelle. Hubert Védrine n’est ni le représentant d’une caste, ni celui d’un parti. Sa liberté de jugement le distingue tout autant des cercles diplomatiques traditionnels. Dans sa conception de la politique étrangère française comme dans sa vision du monde, il réussit à concilier l’exigence gaullienne et le pragmatisme mitterrandien, l’attachement profond à la souveraineté nationale et la conscience éclairée d’une nécessaire adaptation aux évolutions de l’Histoire »

En 2007, Hubert Védrine décline la proposition du Président Sarkozy de revenir au gouvernement et de reprendre les affaires étrangères, néanmoins il rédige un «Rapport au Président de la République sur la France et la mondialisation »
Il est l’auteur d’un essai biographique important : « François Mitterrand, un dessein, un destin » où il précise : « J’ai conçu ce Mitterrand comme une biographie synthétique lisible par tous. J’ai cherché à restituer le déroulement d’une vie et l’accomplissement d’un extraordinaire destin, […] Naturellement je donne de lui une vision positive, qui correspond à ce que j’ai vécu et, je pense, à la réalité historique. »
Son dernier ouvrage : « Sauver l’Europe » explicite les ressorts de la crise de confiance dans l’Union européenne et développe des propositions claires pour la surmonter.
Brillant expert en géopolitique, il est également chroniqueur sur France Culture « Le monde selon Hubert Védrine