Taper sur les moteurs de recherche du web: «France en Europe»… Que sort-il? «Les cinq exploits des clubs français en Coupe d’Europe» ! Interpellant? Pas si étonnant, tant il semble que la France ne soit plus un des moteurs de l’intégration Européenne, voire ne sache plus où est sa place en Europe et quels projets porter. Incriminer «Bruxelles» de nos échecs nationaux est une figure de style de la politique française, mais cet an-ci, l’état de confusion est au summum. Au-delà des positions extrémistes qui préconisent de quitter la zone Euro, de rétablir des barrières, ce qui serait mortifère pour la France, c’est le gouvernement et parfois même de l’opposition républicaine que j’évoque. Ainsi, à les entendre, l’UE est coupable,et j’en passe de:

– Ne pas être en mesure de définir une politique d’immigration – face aux  tragédies de Lampedusa,

– Ne pas assurer sa sécurité – cette fois ce sont les écoutes à grande échelle  des Américains

– Ne pas arriver à intégrer ses minorités Roms,

– De négocier en catimini les Accords commerciaux, notamment avec les pays outre-Atlantique (Canada, USA) et ce que Pascal Lamy évoque comme nos «préférences collectives»: normes sociétales, etc.

Ainsi, l’Union européenne est un bouc émissaire rêvé, quitte à s’arranger avec quelques vérités. L’une d’entre elles est que ce sont les Etats Membres qui contrôlent les leviers de pouvoir à «Bruxelles», tout particulièrement en ces domaines régaliens. L’autre est que la France y joue encore un rôle majeur du fait de sa posture d’Etat fondateur, de son poids institutionnel et économique et de sa tradition de diplomatie. La France quasi –absente et c’est l’ensemble du processus qui se délite. Or, la France semble ne pas réussir à se raccrocher au projet européen, plus que jamais nécessaire, pour galvaniser sa dynamique et adopte des postures défensives contre-productives.

Prenons l’exemple de la négociation des accords de libre-échange (ALE), enjeu majeur pour l’UE et la France.

La France accuse la Commission d’agir sans transparence et de sacrifier des intérêts majeurs sur l’autel du libéralisme. Or, la Commission agit sur mandat «précis et révisable» du Conseil des ministres et elle a même pris l’habitude de consulter en amont le Parlement européen puisqu’il délivre désormais un avis conforme sur les accords internationaux. Par ailleurs, Ce sont les Etats qui décident de rendre public le mandat de négociation ; ça n’a pas été le cas pour le mandat UE/Canada, pourquoi dès lors incriminer la Commission? De même, le pré-mandat des négociations UE/USA a fait l’objet d’une fuite, et les postures prises à partir de là, sont étonnantes en France: pourquoi ne pas préciser qu’il s’agit du début de négociations qui dureront longtemps et que la France a les moyens de s’assurer que ses positions sont prises en compte.

Pourquoi accuser la Commission de libéralisme, alors que ces accords dits « de nouvelle génération » incluent les sujets majeurs pour l’Europe: investissements directs étrangers, droits de propriété intellectuelle, marchés publics, harmonisation des normes et des standards. Signés, par exemple avec la Corée du Sud, conclus par exemple avec l’Ukraine et le Canada, en négociation avec le Japon et les Etats-Unis, ces accords basés sur le principe dit des avantages mutuels sont vitaux pour que la zone Europe reste incontournable dans le monde. Ils bénéficieront globalement à la France, pour peu que notre pays soit en mesure de saisir ses chances. Ils interpellent la capacité de notre pays à faire les réformes nécessaires pour rebooster notre compétitivité, monter en gamme de produits, soutenir nos Pme à l’export, développer notre diplomatie commerciale comme le font les USA ou l’Allemagne. La Commission est accusée de lâcher du terrain sur nos normes de protection des consommateurs, écologiques…Or, l’examen des accords permet d’identifier que les produits exportés vers l’Union continueront à respecter ces normes UE (bœuf sans hormones canadien!). De fait, la posture d’ouverture de l’Europe ne se conçoit  que si elle assure de la réciprocité autrement dit d’un équilibre global des intérêts en présence, c’est aux Etats dont à la France de s’en assurer. La meilleure protection est notre capacité à produire en Europe de manière compétitive.

De même, quand la France (gouvernement et opposition compris) demande la suspension des négociations avec les USA, tant que les affaires d’‘écoutes’ ne seront pas résolues, c’est d’une hypocrisie achevée: le dernier Sommet européen d’octobre donnait aux Etats l’occasion de montrer notre détermination à régler cette question: le Parlement européen a proposé de suspendre l’accord Swift de transfert des informations bancaires, mais rien ne s’est passé. Mieux, nos chefs d’Etat n’ont pas acté d’accélérer la discussion sur la «protection des données personnelles» comme souhaité par la Commission, pourtant d’évidence un élément de réponse au problème? Que va-t-on encore inventer pour bloquer les négociations avec les USA? La France n’a-t-elle pas réalisé que face à la globalisation et la montée des émergents, les intérêts de ces deux puissances concurrentes sont désormais communs à construire un leadership normatif. Il est requis d’appréhender globalement, de manière positive et offensive les négociations plutôt que trainer les pieds et se mettre en posture de contre-leader.

Viviane DE BEAUFORT