Pierre Conesa, spécialiste des questions géopolitiques, a occupé différentes fonctions au ministère de la Défense. Il a publié aux Éditions Robert Laffont La Fabrication de l’ennemi (2011), Surtout ne rien décider (2014) et Dr Saoud et Mr. Djihad (2016).

Dans un pays sans ministère de l’Education nationale en charge de définir les programmes d’histoire, c’est Hollywood qui a construit le récit national. Usine à rêves mais aussi une formidable machine à créer des méchants avec, à chaque époque, son ennemi. D’abord le Noir du cinéma muet, est illettré, paresseux, peureux, obsédé par la femme blanche mais aussi dévoué jusqu’à la mort, et parfois musclé pour les distrayants combats de boxe (le Buck). L’indien ensuite est un sauvage puisque demi nu, cruel et agressif… alors qu’il fut la cible d’un génocide qui ne dit pas son nom. Viennent ensuite le Chinois cruel aux tortures raffinées (7 versions du Dr Fu Manchu), puis le basané bandit mexicain gras et transpirant (le greasy) au rire sardonique, remplacé depuis quelques années par le trafiquant colombien cruel et froid. Le Blanc nazi apparait tardivement car Goebbels ayant menacé d’interdire tout film américain en cas de critique contre le régime. Il fallut un producteur indépendant (Charly Chaplin) pour voir le premier film antinazi.

Le communiste qui a le tort d’être Blanc aussi, personnalise la menace invisible, base du film d’espionnage Plus récemment, le « Frenchie » a cristallisé la rancœur des États-Unis lors de l‘invasion en Irak, avant d’être définitivement remplacé par l’Arabo-irano-terroristo-nucléaro-musulman, ennemi actuel.

Les westerns puis les films de guerre ont définitivement inscrit dans le patrimoine mondial, le héros américain. Stallone dans Rambo 2 tue seul 76 ennemis. C’est en analysant la masse des mauvais films (2700 westerns, une centaine de films sur les Asiatiques, 300 sur les musulmans…) sans aucun second degré qui caricaturent l’Autre – que les spectateurs étrangers ne voient pas-, que se forge l’opinion de l’Américain moyen. Ces innombrables nanars formatent l’opinion américaine plus que les quelques chefs d’œuvre traduits et exportés qui font la réputation d’excellence d’Hollywood. En jouant de la confusion entre fiction et réalité, entre cinéma et géopolitique, Hollywood a progressivement transformé les ennemis des États-Unis en menaces planétaires. De nombreuses anecdotes éclairent le propos (Elvis Presley au Harem, la série censée tournée en Syrie par une équipe ne parlant pas l’Arabe, Marlon Brando en Gengis Khan ; prix du film le plus meurtrier). L’envers du décor hollywoodien n’est pas seulement celui des frasques des stars, c’est aussi Hollywoodune arme de propagande massive.

Pierre Conesa est un spécialiste des questions géopolitiques. Il a occupé différentes fonctions au ministère de la Défense, il passe régulièrement dans les media sur les questions de terrorisme, écrit dans Le Monde diplomatique et diverses revues de relations internationales. Il a déjà publié aux éditions Robert Laffont La Fabrication de l’ennemi (2011), Surtout ne rien décider (2014) et Dr Saoud et Mr Djihad (2016).