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Le sujet se banalise. Tous les ans, un Français sur dix brave l’interdit, et un tiers d’entre eux en fume régulièrement. En ville comme en milieu rural, les consommateurs ne s’en cachent plus. Ils s’allument un joint comme ils ouvriraient une bouteille de vin. Cet hiver, un SDF quadragénaire est même allé se plaindre au commissariat de Clermont-Ferrand de la mauvaise qualité du cannabis qu’un dealer lui avait vendu.

Cette désinhibition vient trop tôt, car le pouvoir politique reste attaché – qui s’en étonne ? – à l’approche prohibitionniste, paternaliste et répressive. Faire pousser des plants pour son propre usage personnel reste un crime passible de 20 ans de prison.

Il est paradoxalement moins dangereux, sur le plan pénal, de se tourner vers les mafias armées qui transportent et distribuent cette plante et ses dérivés que de faire pousser quelques plants dans son jardin. Moins chère et plus fiable, l’auto-culture représenterait pourtant la moitié de la consommation en France à en croire différentes études.

Retenir les leçons de l’échec de la Prohibition

Les États-Unis ont été le fer de lance de la prohibition depuis un siècle, avec les résultats consternants que nous connaissons. Treize années d’interdiction de l’alcool à l’échelle du pays ont surtout fait la fortune d’Al Capone et des mafias.

La violence du marché noir et les règlements de compte firent exploser l’insécurité, sans mettre fin ni aux beuveries, ni à l’alcoolisme. L’alcool frelaté des distilleries clandestines a entraîné la mort de plusieurs dizaines de milliers d’Américains.

En voulant protéger les citoyens contre eux-mêmes, la répression a finalement déstabilisé tout le pays et abouti à un massacre. D’autant que cette guerre idéologique contre un plaisir socialement accepté a coûté sa crédibilité au gouvernement fédéral.

En Europe, les pays tentés de suivre cet exemple ultra puritain en sont vite revenus, devant ses résultats accablants. Mais l’Amérique n’a pas retenu les leçons de cet échec cuisant. Elle a renoué avec ses vieux démons prohibitionnistes en partant en guerre contre la drogue dans les années 1970 et 1980, entraînant tout le continent vers un nouveau désastre.

PS et Républicains persistent dans l’erreur

Dans 15 pays d’Amérique latine, 3/4 des militaires sont mobilisés contre les narcotrafiquants dont les violences touchent un tiers des populations civiles. Au total, 20 à 25 milliards de dollars ont été dilapidés chaque année pendant des décennies sans autre résultat que des dizaines de milliers de civils blessés, enlevés ou abattus, et un désespoir général.

Au début des années 2000, les anciens présidents Louise Arbour (Suisse), Fernando Henrique Cardoso (Brésil), Cesar Gaviria (Colombie), Ricardo Lagos (Chili) et Ernesto Zedillo (Mexique), l’ancien secrétaire d’État des États-Unis George Shultz et l’ancien président de la Fed Paul Volcker ont engagé le combat contre la prohibition.

Ils ont entraîné les États-Unis à renouer avec la liberté de consommer, voire de cultiver et de la distribuer du cannabis comme c’est aujourd’hui le cas au Colorado et dans l’État de Washington. Le 27 avril 2014, l’éditorial du très sérieux « New York Times » affichait la couleur : « Repeal prohibition, again ».

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