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Les primaires françaises (on dit aussi en France « la » primaire) sont une importation des Etats-Unis. Mais les primaires « à l’américaine » ont peu de chose à voir avec nos propres primaires. On ne calque pas une démocratie sur une autre comme on calque un dessin sur une feuille de papier. Nous n’allons pas ici entrer dans le détail des primaires américaines. Le système est complexe : tout étudiant français en droit public le sait. La procédure est ancienne aux Etat-Unis. Est-elle gage de sagesse ? Non, si l’on en juge par l’investiture de Donald Trump, officiellement par le Parti républicain (qui s’en mord tout de même les doigts aujourd’hui), mais de fait par une certaine opinion publique « républicaine ». Cet exemple n’est pas sans rappeler celui de la désignation en 2007 de Ségolène Royal, officiellement par le Parti socialiste, de fait mais, ici encore, par une certaine opinion publique « de gauche ». C’est précisément la gauche qui en France, il y aura bientôt dix ans, a lancé cette procédure jugée « hautement » démocratique. On vient de rappeler qu’elle en fut l’issue en 2007. Cinq ans plus tard, rebelotte. Plusieurs candidats sont en lice, dont le très populaire Dominique Strauss-Kahn – qui, à l’évidence, eut été désigné sans le scandale sexuel pour lequel il allait être poursuivi à New-York.

 

C’est donc un candidat par défaut qui fut alors choisi : François Hollande, « monsieur 3 % ». Ce dernier se retrouvant face au Président sortant Nicolas Sarkozy, investi sans discussion par son propre camp, selon le principe non-écrit de la Vème République voulant qu’un président sortant soit le candidat naturel de sa famille politique. La droite (associée au centre), à son tour, a choisi les primaires pour départager son « hérault ». Contrairement à ce qui s’est passé en 2007 pour le PS, le vainqueur de cette primaire ne sera pas nécessairement celui souhaité par l’opinion publique (à droite mais aussi à gauche à savoir Alain Jupppé). Nicolas Sarkozy « tient » le Parti (LR) et personne ne doute de sa capacité à retourner une situation jugée aujourd’hui défavorable. Les autres candidats, malgré toute leur indéniable volonté et leurs réelles qualités : Bruno Lemaire, François Fillon surtout, ne semblent pas en mesure de rivaliser avec ces deux-là. A gauche la situation est plus complexe. D’abord, pour la première fois sous la Vème République, le président sortant, François Hollande, dont le bilan est assurément catastrophique (ne serait-ce que par rapport à ses engagements de 2012), n’est plus considéré comme le candidat naturel de son camp. S’il se présente (qui en doute encore?), il devra absolument se soumettre à la concurrence et passer par la case « primaires ». On sait qu’il entend alors s’y présenter comme le candidat « naturel », fort de son expérience quinquennale nationale et internationale

Ensuite – autre complication -, tous les candidats de gauche n’entendent pas se soumettre à la procédure des primaires. Ainsi Jean-Luc Mélenchon a-t-il décidé de partir seul en campagne. D’autres candidats, comme Arnaud Montebourg, laissent planer le doute, subordonnant leur participation à une bonne organisation de l’épreuve de sélection. Si l’on ajoute le choix d’EELV d’organiser ses propres primaires écologistes, la tentation du Parti radical de gauche de se lancer dans les siennes, la réflexion non encore aboutie du Parti communiste. Si l’on ajoute enfin le doute planant sur les intentions d’Emmanuel Macron, non pas de s’engager dans la course présidentielle, mais quant à savoir s’il ira ou non aux primaires, on voit la complexité de la situation à gauche pour l’échéance de 2017. Quel enseignement tirer de tout ceci, sinon que les primaires sont une « fausse bonne idée » démocatique pour notre pays (et pourquoi pas les Etats-Unis eux-mêmes). Déjà affecté de ce mal qui semble pour lui incurable de la « personnalisalisation du pouvoir », cette procédure renforce les narcissismes, ouvre les portes à ce « bal des egos », que j’ai souvent évoqué dans le passé, et notamment dans mon livre L’Individualisme démocratique, en 2010. 7 candidats retenus pour les primaires de droite, au moins autant à gauche, sans compter les candidats « indépendants », de surcroît pas tous de notoriété nationale, il y a de quoi de quoi dégoûter le citoyen lambda (ou pas).

Cet exercice de télé-réalité politique, que constituent les primaires, n’est en réalité pas digne d’une grande démocratie. Ce système américain francisé, associé chez nous à une forte emprise des partis sur la vie politique (malgré leur déclin annnoncé- mais il est des déclins qui durent, durent…), à l’existence d’un régime électoral brutal, le système majoritaire à deux tours qui pénalise nombre de sensibilités politiques républicaines et citoyennes, ce système, disais-je, ajoute de la complexité à la complexité, de la confusion à la confusion, de la médiocrité à la médiocrité. Sortons au plus vite des primaires guignolesques et inventons, pour 2022, un mode de désignation réellement démocratique. Un concours citoyen pourrait ici être utilement ouvert. A vos plumes !