S’appuyant sur la vieille idée – largement défendue par la Droite – qu’il y a trop de fonctionnaires en France, c’est à un démembrement de la Fonction publique auquel se livre aujourd’hui le gouvernement d’Edouard Philippe. S’appuyant sur l’autre vieille idée que les fonctionnaires, avec leur sécurité de l’emploi, sont des « nantis », c’est à une grave atteinte au statut de la Fonction publique que ressemble le plan qui nous est aujourd’hui présenté.

IL FAUDRAIT ALIGNER LE SECTEUR PUBLIC SUR LE SECTEUR PRIVE. Des réformes ont déjà eu lieu en ce sens, en matière de retraites par exemple, la durée de cotisation des fonctionnaires étant désormais celle des salariés du secteur privé. C’est la même idée avec le renforcement de la « contractualisation » (de droit privé) dans la Fonction publique. Rappelons que sur 5,5 millions d’agents publics, 1 million sont déjà « contractuels ».
Ces réformes sont des « régressions ». On ne voit pas en effet en quoi « travailler plus longtemps », « dans des conditions de précarité » constitueraient des avancées pour les agents publics. Il y a pire qui se profile à l’horizon : la disparition de la Fonction publique elle-même. Ce serait dans la droite (terme approprié) ligne des politiques européennes dont le dégoût des services publics est connu. On sait que d’ici à cinq ans 570 000 agents partiront à la retraite (sans être remplacés, semble-t-il), que, sur la même période, selon l’engagement de M. Macron, 120 000 postes d’agents publics, dont 70 000 dans la fonction publique territoriale, seront supprimés. On sait que le ministre Darmanin souhaite de son côté développer un plan de départs volontaires de la fonction publique. La Fonction publique serait ainsi réservée aux emplois dits « régaliens » : école, justice, police, armées…, mais pour combien de temps ?

La Fonction publique, il est vrai, coûte cher : 278 milliards d’euros par an (chiffre de 2014). La masse salariale de l’Etat représente plus de 40 % du budget de la Nation. La fonction publique coûte cher aussi aux collectivités territoriales qui, il est vrai, ont beaucoup recruté au cours de ces dernières années ‘mais pouvaient-elles faire autrement alors que l’Etat se décharge su elles de moult missions). Que le gouvernement, comme il le dit, veuille « réorganiser les trois fonctions publiques » : d’Etat (2,4 M d’agents), territoriale (1,9 M d’agents) et hospitalière (1,2 M d’agents), n’a en soi rien de blâmable – s’il ne s’agit pas, par ce moyen, de procéder en fait à des suppressions de poste. Qu’il veuille par ailleurs évaluer la qualité des services publics : écoles, tribunaux, hôpitaux, caisses d’allocations familiales n’est pas non plus condamnable, sauf à souligner que, lorsque la plupart de ces services, fonctionnent avec un manque criant de personnel, l’évaluLes fonctionnaires seraient-ils des mal-aimés de l’Etat ? Un certain nombre de mesures déjà prises pourraient le laisser penser : hausse de la CSG, gel du point d’indice, retour de la journée de carence. D’autres à venir aussi, comme la rémunération au « mérite » – disposition qui n’est pas dans l’esprit de notre Fonction publique et, de surcroît, bien délicate à mettre en œuvre. Sur quels critères définir le « mérite » ? Et qui va le définir ?
ation n’a plus grand sens.

Les fonctionnaires seraient-ils des mal-aimés de l’Etat ? Un certain nombre de mesures déjà prises pourraient le laisser penser : hausse de la CSG, gel du point d’indice, retour de la journée de carence. D’autres à venir aussi, comme la rémunération au « mérite » – disposition qui n’est pas dans l’esprit de notre Fonction publique et, de surcroît, bien délicate à mettre en œuvre. Sur quels critères définir le « mérite » ? Et qui va le définir ?

Quelle drôle d’idée, tout de même, de vouloir « déshabiller Paul (le secteur public) sans rhabiller Pierre (le secteur privé) ! La nécessaire « souplesse » revendiquée par le président Macron (en d’autres temps, on eut dit « flexibilité ») n’est-ce pas une précarité déguisée ?

La France manque d’agents publics, et pas seulement dans les domaines régaliens, d’agents qui puissent travailler sans la peur du lendemain. Ce n’est pas tant « la sécurité de l’emploi » qu’il faut retirer aux fonctionnaires que « la sécurisation des parcours professionnels » qu’il faut promouvoir pour tous les salariés du secteur privé.

Michel Fize, sociologue, ancien conseiller régional d’Ile-de-France