Au cœur du domaine de Chantilly, le petit village d’Apremont est devenu la capitale française du polo. Le 16 septembre, il accueille la finale de l’Open de France. Ce sport réputé élitiste a insufflé ici quelques accents d’Argentine, pays roi de la discipline.

Sur l’herbe verte coupée à ras trottent une dizaine de poneys tenus en longe par un seul cavalier, la boïna (bonnet basque) glissé sur le coin du l’œil, tandis qu’un air de chamamé, la musique folklorique typique du nord-est de l’Argentine, sort des écuries. Très affairés, des petiseros, les palefreniers d’Amérique latine, préparent les maillets et les selles anglaises en vue d’un match de polo : on se croirait à l’Abierto de Buesnos Aires, une des compétitions les plus renommées des aficionados de la balle blanche. Pourtant, nous sommes à Apremont, petit village de 750 âmes dans l’Oise, au cœur du domaine de Chantilly. Les anciens champs de blé et de betteraves ont été reconvertis en pelouses manucurées, plus vastes que des terrains de football, où les joueurs s’affrontent chaque week-end et parfois en semaine. En ce début septembre, l’activité est à son comble : du 1er au 16 septembre se joue le fameux Open de France de polo, l’une des plus prestigieuses épreuves tricolores, avec la Coupe d’Or à Deauville et l’Open de Paris au bois de Boulogne.
« Cela fait dix-huit ans qu’Apremont accueille cette compétition, désormais dotée d’une vraie renommée internationale avec des joueurs de haut niveau », se réjouit Patrick Guerrand-Hermès, à l’origine de la création du Chantilly Polo Club. « Avant la guerre, il existait déjà des terrains aux abords du village où se pressaient les grandes familles et beaucoup d’officiers de la cavalerie, car c’est un sport d’équipe qui requiert de la prise de décision et du sens tactique. Je les voyais arriver, étant enfant, en avionnette et se poser dans les champs », raconte l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du fondateur du sellier de luxe, qui a conservé une collection de photos de l’époque.
En 1996, l’ancien président de la Fédération internationale de polo, qui partage désormais son temps entre son haras à Tanger, au Maroc, et l’une des très belles demeures du duc d’Aumale à Vineuil-Saint-Firmin, dans le domaine de Chantilly, a l’idée un peu folle de faire renaître cette pratique dans la région. A l’époque, le projet, soutenu notamment par la sœur d’Hassan II, suscite plutôt la méfiance des habitants qui craignent d’être envahis par les mouches, le fumier ou les nuisances sonores. Surtout, ils ne sont pas très réceptifs à cette discipline jugée très élitiste et accessible seulement aux plus riches. Ce polo « roi des sports et sport des rois ». Une image dont le club peine encore aujourd’hui à se défaire. « Malgré nos efforts, les barrières sont tenaces, regrette Benoît Perrier, en charge du marketing du club. Pourtant il n’est pas rare de voir des familles venir se balader les jours de matchs. Ces derniers sont d’ailleurs souvent commentés pour les novices. »

 

Pas toujours simple en effet de comprendre les règles de ce sport millénaire, apparu en Perse il y a plus de 2 400 ans et redécouvert en Inde au milieu du XIXe siècle par les officiers britanniques. « Il n’y a pas meilleur passeport dans le monde qu’un handicap [niveau de classement] au polo », avait coutume de dire Winston Churchill, avant que le meilleur ambassadeur de la discipline ne devienne le prince Charles. Désormais, ce sont davantage les chefs d’entreprise comme Jean-François Decaux, ou les hommes d’affaires, tel Edouard Carmignac, et quelques rares membres de la jet set – la fille de Bruce Springsteen notamment – qui font virevolter les maillets sur le gazon.

Lire la suite sur Challenges