La prostitution est un sujet sociétal douloureux, complexe et qui mérite plus qu’une proposition de loi pour la pénalisation des clients qui sera votée, sans doute, dans la plus totale méconnaissance du sujet par quelques députés et dans le déni le plus total de la réalité : celle de la précarité.

Sans une véritable réflexion de fond, celle-là même que je demande depuis juin 2012 quand j’avais décidé, avec Marjorie Goujon, comme moi candidate aux élections législatives, de lancer une pétition pour demander un encadrement de la prostitution, aucune loi en France ne saura parvenir à régler la prostitution, « le plus vieux métier du monde ».

Pire encore, légiférer pour sanctionner pénalement les clients des travailleurs et travailleuses du sexe est une abberation en droit français dans la mesure où la prostitution n’est pas interdite.

Quel choix surprenant !

La France est, depuis la loi du 13 avril 1946 qui a interdit les maisons closes, dans un no man’s land sur ce sujet, enclavée au sein de plusieurs pays qui eux, ont pris les devants et ont brisé les tabous.

On ne peut pas tout résoudre par la loi, on se trompe de cible et au lieu de lutter activement contre les réseaux mafieux, contre les viols, on préfère aller vers une mesure qui, si elle devient effective, mènera inéluctablement les prostitués vers plus de précarité encore.

En effet, aurons-nous les moyens humains d’appliquer cette loi ? aurons-nous les moyens financiers de sortir ces hommes et ces femmes de la prostitution ?

Enfin, allons plus loin encore, avons-nous le droit de légiférer sur l’activité sexuelle des individus ?

N’allons-nous pas ensuite demander de punir aussi ceux et celles qui les entourent chaque jour, les assistent, leur offrent du réconfort, un local, des soins ?

La prostitution n’a pas qu’un seul visage, et ce serait réducteur que de réduire la prostitution à un fait d’esclavage au nom d’une morale sexophobe.

D’autant plus que s’il ne fait aucun doute qu’il existe une prostitution forcée que nous devons combattre, il n’en demeure pas mois qu’ilexiste une prostitution libre définie par la Cour de Justice de l’Union Européenne repris dans l’arrêt Jany en 2001 : »lorsqu’elle est exercée hors de tout lien de subordination en ce qui concerne le choix de cette activité, les conditions de travail et de rémunération, sous sa propre responsabilité, et contre une rémunération qui lui est intégralement versée ».

On parle bien, ici, de « travail » et de rémunération, ce qui pourrait s’apparenter à une activité de profession libérale.

Alors, à ceux qui prétendre défendre ces femmes et ces hommes, militons pour les intégrer, sous l’égide de la loi, en légalisant leur activité au lieu d’utiliser le code pénal comme une arme de dissuasion qui n’aura d’autre conséquence que de les pousser vers la clandestinité et dans les bras des réseaux mafieux !

C’est la raison pour laquelle, je remercie les parlementaires français qui ont aujourd’hui le courage de lancer une pétition (*) contre la pénalisation des clients de prostitués, qui voteront non contre cette proposition de loi, et même ceux qui s’abstiendront de le faire.

Nous sommes en train de menacer une liberté fondamentale de notre société qui se dit démocratique : la liberté sexuelle !

Christine SINGER
Secrétaire Départementale
Fédération de Moselle
Conseiller National UDI
Membre du Bureau et du Conseil Départemental de l’UDI de Moselle