La tragédie de Munich confirme une tendance générale : nous assistons tous, ébahis et tétanisés, a l’indicible banalisation des actes individuels de folie meurtrière, à résonance immédiatement globale. Dans un monde, devenue minuscule, aplati par les réseaux sociaux, les gens, qui préfèrent la vie, sont désormais, partout et à tout moment, confrontés aux autres gens, qui choisissent la mort. C’est une guerre mondiale d’un type absolument nouveau.
Dans ce contexte,  » ethniciser « , « confessionnaliser » ou encore rattacher l’ennemi a un territoire sur la carte d’un monde devenu, à l’image de Facebook un lieu sans lieu, c’est céder au premier réflexe de facilité qui occulte l’insondable mystère du suicide humain. Eternel, ce mystère est, aujourd’hui, décuplé par la toute-puissance d’un clic qui rend, en l’espace d’un instant, public et visible pour l’ensemble des habitants de la Terre ce qui était, hier, strictement intime et caché dans les méandres d’une vie privée.
En mettant son suicide en scène, en direct, devant la planète entière, un total anonyme en état de souffrance personnelle, qui n’a pas réussi – face à la déroutante complexité du monde moderne – à donner du sens à sa vie, tente d’en donner à sa mort, en entraînant dans l’abîme les innocents, choisis au hasard.
Aucune opération punitive, aucune stratégie sécuritaire, aucun service de renseignement n’est capable de remédier durablement à ce mal, qui tout en puisant sa racine dans l’ADN humain, mue et change de forme, au gré des évolutions de l’Histoire. Ainsi, la globalisation en cours, la quintessence du XXI siècle avec son corollaire de la révolution digitale, ne fait, au fond, que lui donner une tribune inédite. « 
Alexandre Melnik