Henriette Caillaux
, née Henriette Raynouard le 5 décembre 1874 à Rueil-Malmaison, morte le 29 janvier 1943 à Mamers, est une historienne de l’art française, épouse de l’homme politique Joseph Caillaux, connue pour avoir assassiné le 16 mars 1914 le journaliste Gaston Calmette, directeur du quotidien Le Figaro.

Ayant entamé une relation amoureuse avec Joseph Caillaux alors qu’il était encore marié à Mme Dupré (née Berthe Gueydan), Henriette Caillaux l’épouse après leur divorce. Tandis que Caillaux exerce la fonction de ministre des Finances dans le gouvernement Doumergue, il subit une campagne de dénigrement dont Le Figaro, dirigé par Gaston Calmette, se fait un relais actif. Henriette Caillaux a compté pas moins de « 138 articles en 95 jours » sur son mari dans les colonnes du quotidien. Il s’agit alors de la plus longue campagne de presse jamais organisée contre un homme.

Dans un premier temps, ces attaques portent sur la politique, Calmette s’étant procuré des documents diplomatiques relatifs à l’affaire d’Agadir, les « verts d’Agadir » (couleur de ces télégrammes). Il faut l’intervention de Louis Barthou pour l’empêcher de les publier. Puis le journal remet en cause l’honnêteté de Caillaux, l’accusant d’avoir reçu de diverses sources des sommes pour financer ses campagnes électorales, et lui reproche des interventions auprès de la justice en faveur d’un escroc. Calmette aurait également soudoyé la femme de chambre d’Henriette Caillaux pour qu’elle subtilise les lettres de Caillaux à son épouse.

Il publie dans son journal plusieurs de ces lettres, écrites avant le mariage des Caillaux, notamment le 13 mars, une lettre compromettante (connue sous le nom de Ton Jo) de Caillaux adressée le 15 juillet 1901 à Berthe et dans laquelle il se félicite d’avoir fait capoter un vote sur l’impôt sur le revenu en paraissant le défendre. Or, au début de 1914, le même Caillaux a fait adopter par la Chambre un projet d’impôt sur le revenu, repoussé par le Sénat, et c’est l’un de ses principaux thèmes de campagne de la gauche. Sa publication vise donc à décrédibiliser Caillaux, en pleine campagne électorale pour les élections législatives.

Dans l’après-midi du 16 mars 1914, Henriette Caillaux, décidée à défendre la réputation de son mari et la sienne mais épuisée nerveusement après une campagne de presse de trois mois, achète pour 55 francs chez l’armurier de la bourgeoisie Gastinne Renette un pistolet automatique Browning .32 qu’elle essaie dans un stand au sous-sol. Vers 17h15, elle se fait conduire dans la voiture de ministre de son mari, dont elle a fait retirer la cocarde ministérielle, à la direction du Figaro au 26 rue Drouot pour rencontrer Calmette10. Portant une jaquette de karakul assortie à sa robe de satin noir et une toque à aigrette, elle a les mains enfouies dans un manchon à fourrure, ce qui est surprenant pour la saison. L’huissier lui annonce que le directeur est absent, aussi attend-elle près d’une heure dans l’antichambre.