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 Le papier paru dans Le Monde (le 28/10/16), signé Francis Wolff, est un tissu d’énormités, d’erreurs et de bêtises, ce qui prouve, s’il en était besoin, que l’on peut être philosophe et être comme les bourgeois de Brassens – sans vouloir ici naturellement offenser les cochons dont on sait aujourd’hui la belle intelligence. Ignorance de la loi attestée dès les premières lignes. Ledit philosophe prétend que si le code civil cessait de reconnaître aux chiens et aux chats le statut de « biens meubles » leurs propriétaires ne pourraient plus être considérés comme tels (ce qui, de mon point de vue, serait plutôt une bonne nouvelle !). Or, 1) la loi de janvier 2015 a clairement décidé, alignant code civil sur code pénal et code rural, que les animaux n’étaient plus des « meubles » (même s’ils restaient soumis au régime des « biens corporels »), mais des « êtres vivants doués de sensibilité ».
Le papiériste semble ignorer cette loi ! 2) en dépit de cette nouvelle définition les propriétaires des animaux le restent donc totalement. Ce qui m’ennuie dans le raisonnement dudit philosophe, c’est qu’il semble laisser entendre que les propriétaires des animaux devraient être fort satisfaits d’avoir toujours des animaux-« objets animés », ce qui maintient leur droit de propriété sur ces derniers (ce qui, de mon point de vue, est plutôt une mauvaise nouvelle ; érigé en « sujets », même petits sujets, les animaux entrent désormais dans la catégorie quasi juridique des esclaves).
S’agissant de la création d’un secrétariat d’Etat à la condition animale suggérée dans le même Monde (19/10/16) par un collectif d’une vingtaine de scientifiques d’horizons variés, proposition très contestée par notre papiériste, l’on peut dire qu’outre le fait que lesdits scientifiques nous mettent dans l’impensable administratif : un ministère à plusieurs têtes, composé de surcroît uniquement de scientifiques (les signataires de l’article ?), ça ne s’est jamais vu, ils se sont pour le reste laissés donner les verges pour se faire battre. Parler de « droit de citoyenneté » pour les animaux domestiques et de « droit de souveraineté » pour les espèces « sauvages », c’est pour le moins énoncer des utopies, insusceptibles pour l’heure de recevoir la moindre concrétisation juridique. Pourtant, M. Wolff invoque de mauvaises raisons pour rejeter ces droits. Il vaudrait mieux, considérant le premier droit, accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales. S’agissant du second droit, il estime préférable d’accueillir mieux les réfugiés et les migrants sur notre sol plutôt que d’accorder la liberté aux animaux sauvages.
Je ne vois pas bien le rapport, mais il est vrai, je ne suis pas philosophe. Pourtant, à bien y réfléchir, bien sûr qu’il y a un rapport. Nous sommes avec ces « mises en corrélation » dans l’argumentaire spéciste le plus brut de décoffrage. Les hommes d’abord ! D’où cette plainte émise par notre papiériste : « décidément, écrit-il, on est mieux défendu, « chez nous » lorsqu’on est un animal d’une autre espèce que lorsqu’on est un être humain d’une autre culture. ». Si le spécisme n’est pas un sectarisme, je n’y comprends plus rien ! Bref, quel tourment ce doit être pour ce monsieur dont le nom de famille est de surcroît celui d’un animal sauvage (Wolff, c’est le loup en anglais !), un animal d’une espèce inférieure donc ! Alors, bien sûr, l’idée de « libération animale », défendue jadis par le grand philosophe australien Peter Singer, apparaît pour le moins saugrenue à notre professeur de philosophie. S’arrête-t-il à ce dernier propos ? Nenni. Il pousse l’audace et la bêtise à dire que les moments de « sensibilité animalière » (ah ce vieil argument de la sensibilité dès lors que l’on prend fait et cause pour les animaux !) correspondent aussi à des moments de violences envers les humains. Et de nous tirer du fond d’un tiroir poussiéreux… un décret de Goëring du 17 août 1933 menaçant d’envoyer en camps de concentration les hommes maltraitant les animaux !
Et pourquoi ne nous dit-il pas que si Hitler aimait tant sa chienne c’est qu’il détestait énormément les hommes ? On ne sera donc pas surpris de voir M. Wolff rejeter l’idée de l’animal considéré comme une personne. Ce ne peut être, nous explique-t-il, car cela reviendrait à dire que les personnes, dont les migrants (pour lesquels il semble avoir une sensibilité particulière), seraient des animaux (en son sens, évidemment, de misérables « bêtes »). Aux défenseurs des animaux se plaignant des maltraitances faites aux « bêtes », il brandit le code pénal punissant sévèrement de tels actes, qu’il s’agisse d’animaux de compagnie ou d’animaux d’élevage. C’est oublier que ces textes ne sont pas appliqués la plupart du temps ! Les derniers couplets de M. Wolff se veulent compatissants (n’est-ce pas plutôt condescendants ?) envers les animaux. Il rappelle que les hommes ont des devoirs envers eux : devoir d’affection (un « contrat moral », dit-il), devoir de protection, devoir de bien-être, mais c’est aussitôt pour conclure enfin : « nous ne sommes pas des animaux comme les autres ». C’est bien là le problème, je crois, et surtout pour les animaux, non ?