Ces dernières années, les groupes jihadistes ont progressivement glissé du nord Mali vers le centre du pays puis le Burkina Faso. Une accélération s’est produite en 2018, avec une augmentation des incidents dans le sud-ouest et l’embrasement de l’est du Burkina Faso, laissant craindre une extension à la Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo et au Bénin. À rebours des discours sur une menace externe et la résilience des confréries, alors que plusieurs dizaines de ressortissants des pays du golfe de Guinée ont rejoint ces dernières années des groupes jihadistes, les États côtiers d’Afrique de l’Ouest sont au pied du mur pour élaborer et mettre en œuvre des réponses à même d’endiguer l’extension du jihadisme, à commencer en tirant des leçons de la trajectoire de leurs voisins sahéliens.

Le 8 novembre dernier, l’ex-chef rebelle touareg malien Iyad Ag Ghali, l’Algérien Djamel Okacha et le prédicateur radical peul Amadou Koufa apparaissaient dans une vidéo appelant à « poursuivre le jihad ». Contrairement aux précédentes vidéos dans lesquelles les chefs jihadistes sont filmés, Amadou Koufa est au centre et c’est lui qui s’exprime. Après avoir accusé la France d’être à l’origine des violences dans le Macina, il invite en langue peule les musulmans à « faire le jihad », à commencer par les membres de son ethnie. « Mes frères peuls, où que vous soyez, souvenez-vous de ces mots : venez soutenir votre religion car l’islam et les musulmans sont combattus, dévastés et brûlés. » Plusieurs pays africains sont particulièrement cités : le Sénégal, le Mali, le Niger, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Nigeria, le Ghana et le Cameroun.

En ciblant directement et explicitement les Peuls, les chefs du Jama’at Nusrat ul-Islam wal-Muslimeen (JNIM) cherchent à renforcer les discours amalgamant Peuls et terroristes et leur image de défenseur de cette communauté dans un contexte où les combattants Peuls occupent une place croissante dans les groupes jihadistes. Mais par-delà le « spectre d’un jihad peul » et son instrumentalisation, l’essentialisation de la religion au détriment des dynamiques locales et de la pluralité des motivations derrière les ralliements, ou encore l’hétérogénéité ethnique des groupes jihadistes actifs au Burkina Faso, cette vidéo fait écho à l’extension de ces derniers à de nouveaux espaces, à la menace croissante qu’ils exercent sur les pays du golfe de Guinée et aux enjeux que cela pose.

Antonin Tisseron, chercheur associé à l’Institut Thomas More

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