En adepte de « la France insoumise », Jean-Luc Mélenchon (JLM) a donc décidé de ne pas se soumettre aux « primaires de la gauche » qui sont, chacun sait, les primaires du PS, comme les « primaires de la droite et du centre » sont essentiellement les primaires des Républicains. On ne saurait par conséquent lui en tenir grief, bien au contraire. Les primaires sont un dispositif « pipé » à la fois par les appareils partisans et par une opinion publique qui, on s’en souvient, en 2007, a imposé à la gauche socialiste, et, au-delà, à beaucoup de Français, la candidature de Ségolène Royal – cette même opinion qui aujourd’hui tente d’imposer à la droite et à ces mêmes Français la candidature d’Alain Juppé (pour lequel nous n’avons aucune sympathie ni antipathie particulière). JLM, il est vrai, clive beaucoup : on l’aime ou on le déteste. Ses partisans l’adorent. Ses adversaires lui reprochent, les communistes son passé de trotskyste et de socialiste, les socialistes sa trahison du PS. Néanmoins, oserais-je rappeler à cet instant que la politique n’est affaire ni d’amour ni d’amitié, mais d’idées et de courage.

Il nous semble que JLM possède ces deux vertus. C’est assurément un homme cultivé. C’est aussi un tribun qui sait enflammer ses foules. C’est enfin un homme aux solides convictions. Faut-il lui reprocher son penchant narcissique ? Quel homme politique n’est-il pas autocentré ? Mais que veut JLM ? Jean-Luc Mélenchon prône une « révolution citoyenne », pacifique et démocratique, pour mettre fin à ce qu’il nomme « la tyrannie de l’oligarchie financière

et de la caste qui est à son service ». Il veut la tenue immédiate d’une Assemblée constituante pour abolir la « monarchie présidentielle » et instituer une VIème République avec un pouvoir central, celui de l’initiative populaire. Sur le plan économique et social, dénonçant « le gavage des riches », « l’appauvrissement des classes moyennes », « les misères du peuple », il en appelle à un nouveau partage des richesses, au développement des produits français, à une réforme fiscale pour que chaque citoyen paie « selon ses moyens réels ». JLM souhaite le « progrès humain » pour notre pays, ce qui suppose, à ses yeux, « d’autres modèles de vie », une consolidation de notre système de santé.

  JLM entend donner la priorité à l’éducation, développer « l’appétit pour les sciences », plus que jamais nécessaires dans un monde de si haut niveau technique. Il veut encourager la pratique sportive, celle qui vise l’épanouissement personnel et non la quête de l’argent. Sur le plan culturel, il entend favoriser « les pratiques et les créations culturelles émancipatrices. » Une autre idée essentielle : « la transition énergétique ». Elle est pour JLM vitale. Elle passe, à ses yeux, au nom de l’intérêt général, par une planification de tous les compartiments de la vie sociale. Cela, explique-t-il, nécessite des investissements massifs, une abondante main- d’œuvre qualifiée bien rémunérée. JLM veut que la France puisse définir librement sa politique économique. D’où son projet de sortir des traités européens qui défendent des politiques communautaires d’austérité, au détriment de l’action de l’État et des investissements publics. Il dénonce les abus de la Commission européenne et les attitudes hégémoniques de l’Allemagne. Sur le plan international, adoptant ici des accents très « guerre froide », il dénonce les « folies impériales des États-Unis et de leur outil de tutelle militaire : l’OTAN ».
 Il rappelle la vocation universaliste de la France et son devoir à l’ONU de privilégier la coopération avec les pays émergents, de mieux assurer notre ancrage en Méditerranée et notre dialogue avec les peuples francophones du continent africain, le continent de l’avenir. JLM ne veut pas de nos guerres aux buts imprécis, d’alliances malsaines ! N’oubliant pas la « conquête de l’espace », JLM souhaite que la France puisse mettre en œuvre ses talents créatifs, à la fois pour la France et pour la civilisation humaine. Ce projet, quoi qu’on en pense, est un vrai projet de GAUCHE, certains diraient, de gauche RADICALE. Tant mieux ! Nous souffrons trop depuis quatre ans des méfaits d’un Président qui s’étant fait élire sur un programme de gauche n’a cessé de pactisé avec l’adversaire patronal, le comblant de milliards pour un résultat économique (en termes d’emplois) quasi-nul, qui s’écartant du pacifisme de la gauche s’est comporté comme un « va-t-en-guerre » permanent, pour un résultat militaire quasi-nul, mais qui en revanche nous a rapporté tout de même quatre attentats majeurs sur notre sol.
Que François Hollande songe aujourd’hui encore à se représenter, lui dont la cote de popularité se situe entre 4 et 16 %, est pure indécence et, plus grave encore, un déni flagrant de démocratie. Alors que reste-t-il au fond des tiroirs socialistes ? Manuel Valls qui piaffe d’impatience « d’y aller » (à la candidature) : c’est le socialisme droitier assuré. Arnaud Montebourg ? Un brillant sujet, partisan du « made in France » : c’est avec lui, sans conteste, l’assurance du retour d’une vraie gauche socialiste. Ségolène Royal ? L’adepte de la démocratie participative : on la met aujourd’hui « en réserve » de la République socialiste. Non, que ça plaise ou non, seul Jean-Luc Mélenchon apparaît porteur d’un projet global pour une gauche ambitieuse, d’une vision d’avenir pour une société à réinventer et ré-enchanter.