Qu’est-ce qu’une bulle ? Souvent galvaudé et/ou employé à mauvais escient, le terme « bulle » signifie simplement qu’il existe un écart cumulatif et auto-entretenu entre la valeur financière d’un actif et sa valeur réelle. Ainsi, une augmentation du prix d’un bien, d’une action, d’une obligation ou d’une matière première n’est pas inquiétante si et seulement si elle est à l’aune de la valeur réelle de l’actif en question. Tout le problème est évidemment de connaître cette dernière.

C’est la principale raison pour laquelle une bulle financière accompagne toujours une révolution technologique. En effet, dans la mesure où cette dernière et les entreprises qui naissent avec sont nouvelles, leur « business model » et leur valorisation sont difficilement appréciables. Il est donc presque obligatoire de passer par la phase « bulle » avant de trouver la valeur d’équilibre des entreprises nouvellement créées. Malheureusement, cela se traduira aussi par des destructions d’entreprises et des moins-values parfois conséquentes.

À côté de ces bulles, finalement presque « normales », la plupart des autres bulles sont uniquement spéculatives. Mais là aussi, il n’y a pas de fumée sans feu. Autrement dit, il existe toujours un mobile objectif à l’origine d’une bulle spéculative. Mais, une fois que cette dernière est lancée, tous les comportements les plus irrationnels s’imposent et il est quasiment impossible de la stopper avant son explosion, ou dans le meilleur des cas, son dégonflement.

La première bulle identifiée comme telle fut celle de la tulipe hollandaise du XVII

ème siècle, qui fut évidemment suivie par le premier krach financier digne de ce nom.

Tout avait pourtant commencé comme un roman à l’eau de rose. Au début du XVII

ème siècle, un engouement pour l’horticulture et le jardinage s’impose effectivement dans le Nord de l’Europe, et notamment

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aux Pays-Bas. Avec ses couleurs intenses et marbrées, la tulipe est très différente de toutes les fleurs connues en Europe à cette époque et devient ainsi très vite le fer de lance de cette « nouvelle mode ». Mieux, elle devient rapidement un symbole de luxe et de réussite. La demande augmente donc très logiquement et de nouvelles variétés de tulipes voient le jour régulièrement. En 1634, la « tulipomania » n’en est encore qu’à ses débuts, mais la presse de l’époque rapporte que les vols de bulbes de tulipe se multiplient dans les jardins botaniques d’Amsterdam, mais aussi de Paris.