Le Président Macron s’énerve. Il se laisse appeler Emmanuel Macron par deux journalistes et s’offusque quand un gamin l’appelle « Manu » le 18 juin, au Mont Valérien. Il fait part de son désir de changer de vaisselle (qui date de Jacques Chirac et serait devenue insuffisante), en faisant appel à des stylistes français et à la Manufacture de Sèvres. Aussitôt vient le « combien ça coûte ». La réponse par la vente des produits dérivés de l’Elysée, comme à Buckingham Palace, dans une boutique à ouvrir, ne calme pas les questions. Puis vient « la piscine de Brégançon » : les questions fusent, lors d’une visite… en Bretagne !
Qu’il est loin le temps où le Président Mitterrand abritait Mme Pingeot, et leur fille, dans un appartement de la présidence, et les faisait protéger ! Celui où les Pompidou modernisaient (beaucoup) leur appartement à l’Elysée. Celui où Michel Rocard faisait creuser une piscine à La Lanterne, sa résidence de week-end !
La transparence a toujours un début, anecdotique, mais jamais de fin. On ouvre la porte, fait visiter, et… on veut tout voir ! Elle mène à l’envie, au voyeurisme, avec jalousie. Surtout, elle est contradictoire avec les décisions publiques, avec ce qu’elles impliquent de recherches d’informations, de discussions, consultations, tests et mesures avant de décider, pour pouvoir bien le faire. Le pouvoir doit avancer masqué, pour réfléchir, choisir, l’essentiel étant qu’il se découvre… quand il avance. Il recevra alors l’avalanche des critiques sur les orientations, erreurs et effets pervers de ses choix. Mieux vaut donc qu’il prépare le terrain puis explique, réponde, réagisse bien et, parfois, change.
De minimis non curat praetor : le chef ne se mêle pas des détails, disait-on à Rome. C’était du temps de César, avant le règne des fake news et d’Internet. Alors le pouvoir était fort, ce qui ne voulait pas dire les rumeurs faibles. Mais elles étaient moins nombreuses et véloces qu’aujourd’hui, et surtout moins résistantes à l’épreuve des faits, des données et des dates.
Aujourd’hui, de minimis curat praetor. Ceci ne veut pas dire qu’il ne doit plus oser et avancer, mais qu’il doit se soucier du détail. Pascal nous disait déjà qu’on n’écoutait pas un savant prédicateur mal rasé ! Aujourd’hui, avant de parler, il faut veiller à la robe (pour les dames) et à la cravate (pour les messieurs) si on veut, au moins, être écouté. Et il s’agit du monde, de la zone euro, du pays !
Le secondaire est primordial, si on veut que le principal soit audible ! Il s’agit bien sûr d’éviter d’être distant, lointain, jupitérien… mais de comprendre aussi que les êtres humains ne peuvent seulement vivre de hauteurs, géostratégie et G7 ! Ce qui est, peut-être, « petit » est aussi une manière de se rapprocher. Il faut la traiter avec soin, pour avancer sur le reste. Autrement, l’étiquette colle : Fouquet’s pour Nicolas Sarkozy, « Président des riches » pour Emmanuel Macron.
L’exercice du pouvoir a changé. Le secret devient pratiquement impossible. Chercher, réfléchir à haute voix, commander des études… tout ceci alimente les réseaux sociaux. Les « analystes » prolifèrent, l’accès au commentaire est quasiment gratuit et la diffusion s’est développée pour moins cher encore ! Les démocraties classiques sont désemparées, les démocratures prospèrent. Et Fox News devient l’agence officielle de Donald Trump.
Alors : que faire en France ? Pas Fox évidemment ! Mais ne jamais s’énerver devant les questions désespérantes. Annoncer qu’on répondra d’abord aux questions sur les points A, puis B, puis C et les autres à la fin. Le Général annonçait le plan lors de ses conférences de presse ! Faire donc sa part au minuscule, pour le traiter… à part. Tout préparer avant une décision qu’on peut juger secondaire, mais qui a un côté concret, personnel, domestique, avec des règles aussi claires que possible. La boutique de l’Elysée, avec son site, offrira certains produits (made in France), sa marge allant pour moitié aux comptes de l’Elysée et pour moitié à la Fondation de France (pour n’avoir pas à choisir) ! Bouger les lignes d’accord, mais dire lesquelles et jusqu’où. Autrement le pouvoir se dissout dans la proximité, et avec sa capacité à réformer l’économie, sans faire grandir les capacités de chacun.
« Minable », quand on voit les problèmes qui nous cernent ? Non : le Français « n’est ni ange, ni bête » ! Donc ne pas lui demander de faire l’ange, pour limiter sa capacité à « faire la bête » !

Jean-Paul Betbeze