Tenons-en à l’argument connexe, contre la mondialisation : qu’elle détruit les identités culturelles. Se pose ici le problème de la définition de l’identité, comme entité collective. Qu’il y ait une dimension collective à la culture, bien sûr ; c’est même sa dimension première. L’identité elle, est individuelle. On pourrait évidemment nous rétorquer que l’on joue sur les mots. A ceci près que l’identité, une fois encore, n’est éprouvée que par l’individu. Chacun et chacune d’entre nous appartient à des « cercles » différents, du groupe d’échecs, au club de football, en passant par l’école, la famille, le milieu professionnel. Et l’entrelacement de ces cercles nous permet de construire notre identité, non pas de manière subie, mais dans un processus dialectique d’acceptation, remise en question et repositionnement de notre part. L’individu se nourrit de la culture ambiante de ces divers cercles pour créer son identité.

 

L’identité n’est pas, tout comme la diversité, une espèce d’idéal théorique flottant dans le monde platonicien des idées. Elle doit être vécue. De ce point de vue l’identité collective est un faux concept. Les identités collectives sont forgées à coup de nationalisme ou de régionalisme, à coups de « baguette, béret, musette, église » ou de « djellaba, thé à la menthe, couscous, mosquée ». Ces « identités collectives » ne sont que le placage des frontières, artificielles, des États-nations pour créer « notre » culture, par opposition à « leur » culture : voilà un nationalisme identitaire (Cela pose le problème, ici encore, de qui décide de l’identité, dans ce cadre collectif). Évidemment on ne nie pas que dans telle ou telle région, certains traits culturels dominent : on se sent « Africain », « provençal », « chicanos » ; mais il n’y a pas à proprement parler d’identité collective clairement définie. Cela supposerait un « être collectif » qui absorberait les individualités.

 

Cet article publié en collaboration avec UnMondeLibre.org reprend des positions défendues par Emmanuel Martin lors d’une conférence sur « Mondialisation, culture et défis identitaires » à l’Université Hassan II de Casablanca le 15 mars 2012.