L’individualisme repose sur deux principes :

  • la liberté individuelle, ou le droit de se préoccuper en premier lieu de la condition des individus de la société avant la condition de la société elle-même
  • l’autonomie morale : chaque individu se doit de mener une réflexion individuelle, sans que ses opinions soient dictées par un quelconque groupe social.

On pourrait considérer que Descartes est le précurseur de l’individualisme lorsque, à la suite du procès de Galilée, mettant en valeur la position du sujet pensant (cogito), il s’oppose à certains types d’organisation de son époque. Le principe individualiste a ainsi soulevé dès les XVIIe et XVIIIe siècles la question de la relation entre l’intérêt individuel et l’intérêt général. Comment assurer une certaine cohésion dans une société individualiste ?

L’affirmation de l’individu peut aussi être considérée comme un moyen de mettre en valeur les talents individuels pour construire une organisation collective viable. Opposer individualisme et collectivité est donc une erreur. À travers une échelle de la complexité liée à la quantité et la diversité de préoccupations et d’informations prises en charge par une personne ou un système, l’intelligence sociale propose une articulation entre l’individu et le collectif.

Le principe individualiste rencontre cependant diverses objections. Ainsi tout individu dépend pour sa survie d’une société, donc d’un groupe envers lequel il a naturellement des devoirs : la société lui permet de vivre ; l’idéal individualiste est donc dans son principe un reniement des conditions de vie de l’individu. Ainsi les principes de nationalisme, voire dans certains cas de démocratie (l’individu doit se plier à la volonté de la majorité, ce que Alexis de Tocqueville nomme la « tyrannie de la majorité » notamment dans De la démocratie en Amérique), certaines idéologies de type collectiviste ou pensées politiques telles que le socialisme, mais aussi en sociologie la méthodologie holiste, tendent au contraire à donner la primauté à la société sur l’individu.

 

 

 

 

Distinctions dans l’emploi du terme individualisme selon Friedrich Hayek: « Quels sont, alors, les caractères essentiels du vrai individualisme ? La première chose qui doit être dite est qu’il s’agit d’abord d’une théorie sociale : un essai pour comprendre les forces qui déterminent la vie sociale de l’homme, et ensuite seulement un ensemble de principes politiques déduits de cette vision de la société. Ce fait devrait en lui-même suffire à refuser le plus sot des malentendus qui courent à ce sujet : l’idée suivant laquelle l’individualisme postulerait (ou fonderait ses arguments sur cette hypothèse) l’existence d’individus isolés ou auto suffisants, au lieu de partir de l’étude de gens dont la nature et le caractère sont déterminés par le fait qu’ils existent en société.

Si cela était vrai, l’individualisme n’aurait vraiment rien à apporter à notre compréhension de la société. Mais son postulat essentiel est en fait différent, à savoir qu’il n’existe aucun autre moyen de s’assurer des phénomènes sociaux que de comprendre les actions que les individus entreprennent vis-à-vis des autres, dans l’idée qu’ils se conduiront d’une certaine façon. Cet argument s’attaque principalement aux théories proprement collectivistes de la société, qui se prétendent capables d’appréhender directement des formations sociales comme la société, etc., c’est-à-dire comme des entités en soi, qui seraient censées exister indépendamment des individus qui les composent.

L’étape suivante de l’analyse sociale de l’individualisme est dirigée, elle, contre un pseudo-individualisme rationaliste qui ne conduit pas moins au collectivisme dans la pratique. Elle consiste à affirmer que nous pouvons découvrir, en examinant les effets combinés des actions individuelles, que bien des institutions sur lesquelles repose le progrès humain sont apparues et fonctionnent sans qu’aucun esprit ne les ait connues ni ne les contrôle. Que, suivant l’expression d’Adam Ferguson, « Les nations se retrouvent face à des institutions qui sont bel et bien le résultat de l’action des hommes, sans être celui d’un projet humain » et que la collaboration spontanée des hommes libres engendre souvent des résultats qui dépassent ce que leur cervelle d’individus pourra jamais entièrement saisir.

C’est bien la grande idée de Josiah Tucker et Adam Smith, d’Adam Ferguson et Edmund Burke, la grande découverte de l’économie politique classique, qui est devenue la base de notre compréhension, non seulement de la vie économique mais de la plupart des phénomènes véritablement sociaux.  »