Edouard Philippe ,Premier ministre en fonction depuis le 15 mai 2017

 

L’ISF n’a jamais été un impôt comme les autres. Inutile d’en appeler à la rationalité, il n’y en a pas. Mais si ce n’était une question de nom ?

 

L’ISF, c’est un peu comme la composition de l’équipe de France de football. Tout le monde a un avis mais personne n’est expert et n’a les cartes en main.

Le débat fiscal, c’est une « passion française » a reconnu lui-même Emmanuel Macron lors de son premier grand débat marathon avec les élus de Normandie.

 

Alors forcément, en pleine crise des Gilets jaunes, le débat refait surface, comme à chaque fois que la France se déchire et chacun y va de ses arguments. Pour les Gilets jaunes, il s’agit de l’une des revendications les plus partagées dans les cortèges, après sa suppression le 1er janvier 2018 par le gouvernement Philippe. Pour les observateurs attentifs à l’attractivité de la France, c’est une balle dans le pied que de taxer le patrimoine, quand la plupart des pays autour de nous ne connaissent pas cet impôt.

Retour en 2017 : le gouvernement décide de modifier l’assiette de l’impôt, en n’intégrant que le patrimoine immobilier dans le patrimoine imposable. L’Impôt sur la Fortune – ISF –  devient l’IFI – Impôt sur la Fortune Immobilière. Avec comme justification économique que l’immobilier n’est pas aussi productif que les valeurs mobilières : l’argent investi dans la pierre ne finance pas l’économie et les entreprises, il dort. Le raisonnement se tient.

Il s’agit alors de l’une des premières mesures du président Macron, inscrite dans la première loi de finances de son quinquennat, donc forcément l’une des plus regardées aussi. Première erreur de calendrier, premier cadeau aux riches selon ses détracteurs.

Les premiers débats qui surgissent à ce moment sont révélateurs : avec la proposition de taxer les « signes extérieurs de richesse », comme les yachts. Les Français acceptent mal que leur voisin soit plus riche qu’eux. Et la punition pour avoir réussi est de payer.

Résultat : révoltés, les Gilets jaunes – et plus généralement ceux qui sont pour un retour de cet impôt – le sont, s’insurgeant que la fortune ne soit plus autant taxée qu’auparavant. Alors que les plus riches, eux, se plaignent de payer encore et toujours le même impôt progressif sur leur fortune immobilière. Alors, à quoi bon avoir fait cette réforme ?

L’iSF particulièrement est un débat idéologique plus qu’économique. Il monopolise les débats alors que la mesure de la flat tax, elle aussi programmée dans la première loi de finances et qui consiste à taxer les revenus du capital à 30% prélèvements sociaux inclus, a été également largement saluée par les investisseurs.

Pourquoi idéologique? La raison pourrait être culturelle.
En France, la fortune des uns fait le malheur des autres. Jalousie, envie sont des caractéristiques  culturels très présents dans la société française, d’où la nécessité de faire intervenir une justice sociale, une redistribution de cette fortune des uns vers les autres.

 

Était ce réellement le cas de l’ISF? Son apport dans le total des recettes fiscales de l’Etat n’est en fait qu’anecdotique. 4 milliards d’euros (155 milliards pour la TVA et 75 pour l’impôt sur le revenu). L’ISF remanié, l’IFI, rapporte lui tout juste un milliard d’euros, pas de quoi faire de grandes différences dans le budget de l’Etat.

« Politiquement, revenir sur la réforme serait débile. On ne gagnera personne et on perdra nos seuls soutiens ». On imagine déjà les dégâts d’un rétropédalage et le retour à une taxation plus globale du patrimoine. L’instabilité fiscale qui conduirait à un nouvel exil des fortunes, attractivité de la France mise à mal.

K.A