« Google se prend pour Dieu : il veut « augmenter » l’homme et tuer la mort… pour les plus riches. Les autres deviendront les « chimpanzés du futur ». (…) Google-Alphabet prépare sa mutation de l’univers. Qui l’arrêtera ? » écrit Christine Kerdellant qui vient de publier « Dans la Google du loup », chez Plon. 
Cet essai dessine les progrès constants de la technologie appliqués à l’augmentation des capacités humaines  qui exercent une séduction de plus en plus grande sur nos contemporains.  À travers son analyse du cas Google, c’est à une réflexion sur l’open science et l’open technologie, que ce livre invite. Des questions autant éthiques que politiques, qu’il est temps de sortir des cercles d’initiés pour les amener dans le débat public
Depuis quelques années on le sait, Google est devenu l’un des principaux sponsors du mouvement transhumaniste, notamment par le soutien financier massif des entreprises portant sur les nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives ( dont le programme Calico, société de biotechnologies fondée par Google en 2013 et faisant l’objet de financements astronomiques).
L’association The Transhumanist indique « qu’il est possible et souhaitable d’améliorer fondamentalement la condition humaine par la science et la technologie visant à éliminer le vieillissement et à améliorer de manière significative les capacités intellectuelles physiques et psychologiques de l’être humain »
Le transhumanisme c’est tout simplement l’idée que la technologie donne à l’homme les moyens de s’affranchir de la plupart des limitations qui lui ont été imposées par l’évolution, la mort étant la première de ces limites. Un affranchissement ultime en écho au fantasme des premiers matins humains : l’immortalité
L’idée fait son chemin et l’homme augmenté est déjà parmi nous : par exemple les athlètes Oscar Pistorius et Aimée Mullins qui font figures de précurseurs
Les individus amputés et parés par prothèse robotique sont en réalité le laboratoire où s’expérimentent les formes de vie de l’avenir où l’humain sera prolongé c’est-à-dire amplifié.
La première ambition est celle du contrôle du corps en agissant sur nos gènes. L’augmentation du corps s’appuie également sur les prothèses dont le champ d’application augmente avec les nanotechnologies pour étendre les performances dans toutes les directions : vitesse, puissance, vision, audition… Le contrôle du corps se décline également pour augmenter notre longévité : pouvoir lutter contre le vieillissement. Une autre dimension recherchée est de nous rendre plus intelligent grâce aux drogues qui stimulent les capacités cérébrales ou grâce aux implants permettant d’associer l’intelligence humaine à celle de la machine.
Tout un faisceau d’interrogations se pose donc : Quel est le seuil qui sépare l’acceptable de l’inacceptable ? Jusqu’où peut aller la rhétorique contribuant à l’acceptation sans débat ? Peut-on laisser les techniques d’augmentation réduire l’homme à n’être plus qu’une machine qu’on pourrait reproduire, réparer et dont on vanterait la durabilité ?
 
Chez les Grecs l’orgueil humain portait un nom : l’hubris qui se traduit souvent par « démesure ». Les Grecs lui opposaient la tempérance et la modération. L’ hubris était considérée comme un crime car elle est démesure des hommes, tentés de rivaliser avec les dieux : Prométhée et Icare furent châtiés à proportions de leur folle témérité. Puisse la mythologie éclairer nos consciences contemporaines…