Au Moyen Âge, l’Occident chrétien se préoccupe de la façon de mourir, mais dans la perspective du salut de l’âme. C’est ainsi que paraissent des traités du « bien mourir », comme le célèbre Ars moriendi, qui proposent de se préparer spirituellement au passage vers l’au-delà. La crainte est donc non pas d’entrer en agonie, mais de ne pas avoir la possibilité de vivre cette étape. C’est ainsi que la litanie des saints porte cette injonction : « De la mort subite et imprévue, délivrez-nous, Seigneur ».

Le concept d’euthanasie est décrit par Thomas More, dans son Utopie (Utopia, 1516), où il parle de volontary death, lorsque, à des maux incurables se joignent d’atroces souffrances que rien ne peut suspendre ou adoucir. Comme pour de nombreux autres thèmes de l’ouvrage, il ne semble pas pour autant que More défende cette pratique.

Par ailleurs, le mot « euthanasie » lui-même a été réintroduit par le philosophe anglais Francis Bacon (15611626), et apparaît dans un texte de 1605. Ce mot est formé de deux éléments tirés du grec, le préfixe eu, « bien », et le mot thanatos, « mort » ; il signifie donc littéralement bonne mort, c’est-à-dire mort dans de bonnes conditions. C’est ainsi que le présente Bacon :

« L’office du médecin n’est pas seulement de rétablir la santé, mais aussi d’adoucir les douleurs et souffrances attachées aux maladies ; et cela non pas seulement en tant que cet adoucissement de la douleur, considérée comme un symptôme périlleux, contribue et conduit à la convalescence, mais encore afin de procurer au malade, lorsqu’il n’y a plus d’espérance, une mort douce et paisible ; car ce n’est pas la moindre partie du bonheur que cette euthanasie […]. Mais de notre temps les médecins […], s’ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l’humanité, et même d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité. »

L’euthanasie est définie comme « mort heureuse » dans le Dictionnaire de Trévoux (éd. 1771), ce qui atteste son emploi en français dès ce siècle. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il a cet emploi d’« adoucissement de la mort » (« Euthanasie ou Traitement médical pour procurer une mort facile et sans douleur » ; William Munk 1888, traduction 1889).

L’euthanasie doit aussi être distinguée des « soins palliatifs », dont le but premier n’est jamais de provoquer le décès des patients, même si, pour soulager la douleur, il arrive aux soignants d’user de doses d’analgésiques ou d’antalgiques risquant de rapprocher le moment du décès. Ainsi le docteur Bernard Devalois dénonce l’ambigüité de certains termes trop flous comme « sédation » et souligne qu’« Il faut impérativement distinguer entre l’utilisation de traitements à visée sédative pour soulager un malade en fin de vie, et l’utilisation de sédatifs pour faire perdre conscience à un malade, jusqu’à la survenue de sa mort, à sa demande et alors qu’il n’existe pas d’indications médicales ».

Plusieurs États accompagnent le refus de l’euthanasie d’un programme de développement des soins palliatifs.

Toutefois, les défenseurs de l’euthanasie considèrent qu’elle s’inscrit dans un continuum de soins, et qu’elle est une suite possible des soins palliatifs lorsque ceux-ci se révèlent inopérants, et que le malade en fait la demande. Cette position a notamment été défendue au Québec par la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité : « une option supplémentaire est nécessaire dans le continuum de soins de fin de vie : l’euthanasie sous la forme d’une aide médicale à mourir […] pourvu que cet acte soit strictement circonscrit et balisé et qu’il résulte d’une demande libre et éclairée de la personne. ». Les responsables de l’hôpital Erasme de Bruxelles ont tenu le même discours un opposant à l’euthanasie : « De plus, contrairement à ce qui se passe en France, nous n’opposons pas soins palliatifs et euthanasie en défendant le concept de soins continus. ».