Les étatistes n’ont rien compris à la structure des relations humaines. Leur vision du monde procède d’un mode de pensée magique, celui des enfants en bas âge: le mode de pensée selon lequel il suffirait crier, pleurer, implorer, ou faire la bonne incantation pour que soudain la manne vienne d’en haut, provenant directement de la réserve inépuisable des dieux-protecteurs qui travaillent pour nous. Or, le marché est une structure d’individus libres qui chacun ont leur tête et leur âme, mais de par sa nature, il n’est pas lui-même une personne avec une tête, une âme. Il n’est pas possible de faire une prière, de se prosterner à ses pieds, pour qu’il exauce d’un coup de baguette magique les fantasmes absurdes des oisifs qui aimeraient avoir tout pour rien — bref, les candidats au parasitisme, tous ceux qui se bercent de l’illusion de jouissances obtenues magiquement sans travail (du moins pour eux) détestent le marché, cette réalité humaine qu’ils ne peuvent appréhender; ils appellent de leur vœu un Dieu à adorer, un Léviathan aux pieds duquel se vautrer, un roi ou un sorcier qu’ils flatteront, auxquels ils obéiront, devant lequel ils s’humilieront, pour qu’il réalise leur vœu de jouissance oisive.
Or, ce vœu peut à la rigueur être réalisé pour une caste de privilégiés — les courtisans du pouvoir, ses ministres et ses spadassins — qui vivraient des efforts d’une masse opprimée et asservie. Une telle chose est sans doute immorale, injuste, méprisable; elle est néanmoins possible et réaliste, et moult fois réalisée. Ceux qui souhaitent rester ou devenir de tels privilégiés sont des « ennemis du peuple », en guerre, ouverte ou secrète, avec tous ceux qu’ils veulent opprimer; mais du moins sont-ils cohérents, et peuvent-ils arriver à leurs fins. C’est d’ailleurs historiquement ainsi que sont nés tous les États — des machines à conquérir, à opprimer, à broyer toute opposition. C’est aussi ainsi qu’ils se maintiennent; ce qui les caractérise demeure d’être des monopoles de la force, obtenant par la coercition ce que nul ne pourrait obtenir du libre consentement d’autrui, au bénéfice d’une caste privilégiée.
Par contre, ce vœu n’est pas réalisable comme bénéficiant à tous; car il n’y a pas de baguette magique. La seule baguette qui existe est celle qui sert à opprimer, à réprimer, à comprimer, à détruire. Les étatistes auront beau promettre, l’État ne pourra jamais créer. Les hommes de l’État auront beau réunir ici un tas de richesses, ils ne le pourront qu’en prélevant ces richesses et davantage auprès de leurs victimes. Ils auront beau prendre de force, puis redistribuer une partie, conjuguer le bâton avec la carotte, ils ne pourront jamais donner plus qu’ils ne prendront
Ils  donneront même toujours moins, car la coercition est un jeu à somme négative. Ils pourront s’arranger pour que les gains marginaux à coopérer, et les pertes marginales infligées aux dissidents soient tels et telles qu’ils s’assurent la servitude volontaire des masses (et dans une certaine mesure, toute servitude est volontaire).
Ils pourront même emprunter, c’est-à-dire détruire les richesses futures pour acheter le consentement présent. Mais ils ne pourront pas faire que l’État crée à partir de rien; ils ne pourront pas faire qu’il donne plus qu’il ne prend. Ils n’auront jamais comme tout moyen d’action que la coercition, et ils ne pourront jamais faire de la coercition un acte positif. L’État-Providence en général, et l’État garant de tels services en particulier (défense, justice, sécurité, hôpitaux, recherche, éducation, routes, télécommunications, etc.

la liste n’a pas plus de raison de s’arrêter qu’elle n’avait de commencer), est un donc mythe sans fondement. Ce mythe peut servir à tromper les masses rationnellement ignorantes, et à obtenir plus facilement de ces masses le consentement à leur servage (et le meilleur escroc est toujours celui qui croit à son boniment); il ne sera jamais une réalité. Ce n’est qu’une superstition.