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Dans les médias, on trouve très fréquemment des papiers sur les migrants de Calais ou ceux qu’on voudrait installer dans des villes mais où les habitants et le maire s’y refusent. Toutes les images sont bonnes à prendre pourvue qu’elles fassent du buzz, qu’elles fassent vendre et réagir. C’est la raison pour laquelle je tiens à rappeler à tous les lecteurs du Cercle des Libéraux que nous ne sommes personne pour porter un jugement global sur tous les individus qui passent nos frontières. La peur que nous portons dans nos cœurs se comprend mais a d’abord été créée par des gens qui aiment faire passer des cas particuliers pour des cas généraux. Je constate que certains sont hypocrites. Il n’y a pas encore si longtemps, on expulsait des sans-abris pour qu’ils ne fassent pas tache dans le décor. On demandait aussi aux Roms de laisser leurs places aux SDF, et ce déjà en 2013. Aujourd’hui, selon les médias et divers témoignages, on demanderait aux SDF de partir ailleurs pour que des réfugiés s’installent. A croire qu’on aime mettre de l’huile sur le feu. Qui des trois parviendra à devenir prioritaire d’ici 5 ans ? Notons que le nombre de SDF a doublé depuis ces dix dernières années. Connaissions-nous une crise migratoire comme celle que nous vivons actuellement il y a quelques années ? Non. Cela n’a pas empêché le nombre de sans-abris d’augmenter… Les bonnes questions ont-elles vraiment été posées ? On se le demande. Quoi qu’il en soit, les européens ont une image extrêmement négative des migrants. Pourtant, dans certains villages de France, leur intégration s’est faite sans encombre.

Peyrelevade, un exemple national

A Peyrelevade, petite commune située en Corrèze, 60 réfugiés ont été accueillis parmi les 841 habitants dans le Centre d’accueil de demandeurs d’asile installé dans une ancienne maison de retraite et inauguré le 1er avril 2015. 11 nationalités sont ainsi représentées. Une diversité plutôt bénéfique pour le village. Car depuis l’arrivée de ces migrants, le club de football local a pu continuer à fonctionner normalement. « Sans eux, nous n’étions plus assez nombreux pour jouer » , plaisante Frédéric, l’attaquant du club. Autre avantage un peu plus scolaire cette fois, une classe devait fermer pour manque d’effectifs. Grâce à ces nouvelles arrivées, elle pourra rester ouverte, une bonne nouvelle. Sur place, on rencontre aussi Lili, une géomètre de 30 ans, témoin de la guerre de tribus qui divise la République Démocratique du Congo (RDC) et des crimes horribles qui ont été commis. Fiancée à un général de l’armée rebelle, elle explique : « Quand il a été arrêté, j’ai dû m’enfuir. J’espère pouvoir rester ici, trouver un travail dans un domaine qui fera fonctionner mon cerveau ». Fuir l’horreur de la guerre représente une chance de survivre aux conflits. L’article de Paris Match est un bel espoir d’intégration de différentes communautés, un exemple à suivre. Comme l’écrit le magazine : « la France black-blanc-beur est de retour ». Malheureusement, tout le monde partage les articles sur les horreurs de Calais. Très peu en revanche diffuse des messages de savoir-vivre ensemble, de tolérance et d’espoir. Et vous ?

Pouilly-en-Auxois a lui aussi surmonté l’épreuve de la crise migratoire

Autre exemple d’intégration plutôt réussie cette fois dans un village de Bourgogne, à Pouilly-en-Auxois. Ici, une soixantaine de demandeurs d’asile ont été accueillis depuis février 2015 dans une ancienne caserne de gendarmerie. Une solution qui permet parmi d’autres de désengorger Calais car le problème dans le Nord du pays n’est pas la présence de migrants en elle-même mais bien l’impossibilité de gérer autant de personnes en même temps. S’ils avaient été français, l’affaire se serait passée de la même façon car il n’est pas imaginable de parvenir à trouver de la place pour un si grand nombre d’individus au même endroit et en se préoccupant de l’hygiène de vie. Une répartition plus homogène sur le territoire permet une meilleure intégration, tout en évitant la hausse de la délinquance. Pourtant, les habitants de Pouilly-en-Auxois n’étaient pas non plus serins à l’idée de voir débarquer autant de migrants chez eux. Le maire, Bernard Milloir, ne parle pas de peur mais « de grosses inquiétudes ». Il explique ainsi que « les gens regardent la télé et ils savent qu’à Calais, il y a souvent des heurts entre les ethnies ou les nationalités. Et puis il y a eu le 7 janvier et Charlie, les amalgames entre islam et terrorisme. Alors ces gens-là dans notre campagne… ». Sur place, c’est toutefois un élan de générosité émouvant qui a pu être constaté. Marie-Jo Bourcier, responsable du service social de la commune, a relaté que « peu après l’installation des requérants, 25 villageois se sont présentés spontanément pour offrir leurs services, donner des cours de français par exemple. Ensuite, des gens ont récupéré de vieux vélos, un mécano les a retapés et ils ont été offerts aux migrants. Nos équipes de foot leur ont ouvert leurs séances d’entraînement. Une partie de la population s’est mobilisée ». Le maire a rajouté également qu’un « monsieur conduit les croyants le vendredi à la mosquée de Beaune ». Un modèle d’intégration réussie où chacun respecte les convictions religieuses et l’origine de l’autre. Autre avantage de la présence de ces migrants : ils font marcher le commerce local. Une boulangère du village se réjouit en constatant par exemple que ce sont « de gros mangeurs de pain ». D’un autre côté, on ne pourra pas nier le sentiment d’injustice ressenti par certains villageois. Si chaque migrant reçoit une aide de 11,45 euros par jour, d’autres qui ont travaillé en France toute leur vie touchent une retraite de moins de 450 euros par mois. Dans le village, Courrier international relate aussi des faits de perturbateurs comme ceux de militants du Parti de la France le 12 avril 2015. Ces derniers ont distribué des tracts xénophobes et ont organisé un apéritif saucisson devant le centre d’accueil. Une provocation inacceptable qui n’a pas séduite les habitants. 150 d’entre eux ont rejoint les réfugiés pour un repas républicain. Les travailleurs sociaux du foyer avaient même eu leurs pneus crevés…

Des petits villages comme Peyrelevade ou Pouilly-en-Auxois, il y en a beaucoup. Il est vrai, les débuts sont difficiles mais c’est au nom des valeurs républicaines et de la tolérance que les esprits finissent par s’apaiser et que chacun trouve sa place au sein de la société. Si tous les immigrés de Calais pouvaient être répartis sans donner aux français le sentiment de subir une invasion, le problème de la jungle serait résolu depuis longtemps…