Le président chinois est arrivé en France et devrait entamer des négociations avec les Européens, une nouvelle occasion de présenter son projet pharaonique des nouvelles routes de la soie. Si l’Italie a déjà signé plusieurs accords, la France devrait se montrer plus résistante.

Qu’est venu faire Xi Jinping à Nice dimanche ? Le président chinois a entamé une visite d’Etat de trois jours en France par un dîner entre les deux couples présidentiels, après une première étape en Italie et une courte journée dans le micro Etat de Monaco, une première pour un président chinois.

Le début de voyage a été fructueux puisque l’Italie et la Chine ont signé samedi un accord non contraignant sur l’entrée de l’Italie dans le programme chinois des nouvelles routes de la soie, une première pour un pays du G7.

Les nouvelles routes de la soie ou « Belt and road initiative » en anglais sont un vaste programme d’infrastructures ayant pour but de relier la Chine au continent européen. Par la connectivité ferroviaire -ceinture ou belt – améliorée avec l’Europe, mais le programme est aussi et surtout connu pour ses routes maritimes (road) et les ports dédiés qu’elles nécessitent. Ces investissements sont financés par les banques chinoises et réalisés par les entreprises publiques du pays.

Ce programme est l’œuvre de Xi Jinping depuis 2012 et selon CNN, englobe jusqu’à 68 pays, 4,4 milliards d’habitants et 62 % du PIB mondial.

Il concernait à l’origine l’Asie mais s’étend progressivement vers l’Ouest, l’Afrique et même l’Amérique latine. Les Etats-Unis y sont largement réfractaires et les nouvelles routes de la soie sont d’ailleurs un point d’achoppement dans les négociations commerciales que mènent actuellement les deux pays.

Alors, les raisons de ce programme sont d’abord principalement économiques, mais relèvent aussi largement de la politique.

La première raison est la sécurité et la préservation du pays. Parce que la Chine est traditionnellement très développée sur ses côtes est, mais l’ouest du pays n’a pas encore connu le même essor. Il s’agit donc aussi de protéger l’unité du pays en préservant la jonction de la Chine avec le reste du monde, en cas de tensions militaires sur ses zones côtières de l’ouest.

Ensuite, économiquement, l’intérêt chinois est double. Il s’agit pour la Chine de diversifier ses fournisseurs au niveau mondial, pour sécuriser ses approvisionnements, notamment en ressources gazières. C’est exactement ce qui s’est passé suite aux sanctions iraniennes sur le pétrole, la Chine y est largement engagée mais a fait de la Russie ou du Venezuela d’autres partenaires stratégiques. Ces routes permettent surtout de trouver des débouchés et des marchés aux surcapacités manufacturières chinoises, pour continuer d’être l’usine du monde.

Enfin, en intensifiant encore davantage les possibilités d’échanges, la Chine cherche à asseoir son influence culturelle. Comme le démontrent de nombreux investissements chinois dans des projets culturels, notamment africains.


Qu’est-ce qui poussent les pays participant à rentrer dans le partenariat ? C’est évidemment une prise en charge conséquente des infrastructures voulues par le programme et notamment les ports. C’est ce qui a décidé l’Italie qui a intégré deux ports dans le partenariat : Gênes et Trieste. Sauf que les pays partenaires s’engagent aussi pour financer leur part, cela signifie donc de nouvelles dettes incommensurables auprès de créanciers chinois et parfois à l’encontre d’engagements budgétaires. C’est pourquoi de nombreuses voix se sont déjà élevées pour mettre en garde contre le projet, dont celle de Christine Lagarde, alertant que ces partenariats « pouvaient conduire à un accroissement problématique de l’endettement, limitant les autres dépenses quand les frais liés à la dette augmentent (…) Ce n’est pas un repas gratuit ».

L’Europe a toutes ses cartes à jouer en rentrant de la négociation, car elle a un poids suffisamment important pour manœuvrer et obtenir des concessions des Chinois, sur le plan du climat notamment, pour une meilleure prise en compte des risques environnementaux ou négocier l’accès de ses entreprises au marché chinois. Tout en gérant l’endettement massif occasionné par ces projets.

Car comme les Etats-Unis, le premier objectif que doit avoir en tête l’Union européenne dans ses négociations avec la Chine, c’est de rééquilibrer les échanges commerciaux et promouvoir ses produits à l’export. La balance commerciale française avec la Chine reste déficitaire d’une trentaine de milliards d’euros. Il y a donc beaucoup à attendre de la venue du président chinois à Paris.

Ch.A