L’Amérique s’est particulièrement mobilisée pour la reconstruction de Notre-Dame en offrant 15 millions d’euros sur les 25 millions promis par les pays étranger. Une participation pourtant pas si étonnante quand on regarde le lien qu’entretiennent les Américains avec la philanthropie.

Ce n’est pas tellement connu mais l’un des Pères de la Nation américaine est surtout le premier philanthrope américain. Benjamin Franklin était entrepreneur. Quand il cède son imprimerie de Philadelphie, il choisit de reverser une partie des capitaux à des institutions  de bien public : hôpitaux, universités, bibliothèques ou recherche scientifique. Ce qui n’était alors qu’un va devenir une pratique courante des grandes fortunes ou des hommes les plus exposés des Etats-Unis, mais aussi dans l’ensemble de la société,  puisque pas moins de 90% des Américains s’y adonnent. Elle est même devenue une valeur civique enseignée à l’école.

Aux Etats-Unis, on est donc face à une philanthropie de masse et de grands donateurs. En France, on connait aussi de grands philanthropes, et même s’il y a pourtant de nombreuses fondations, cela reste moins ancré qu’outre Atlantique.

Hériter ou léguer, question de culture

« Il est indécent de mourir riche », c’est en substance ce que pensent beaucoup d’Américains, alors qu’en France il faut pouvoir mettre sa descendance hors du besoin, faire fructifier au maximum son patrimoine. Au pays où les grandes fortunes sont surtout des self-made men, de tradition plus individualiste et libérale,  les Américains n’ont pas de scrupule à ne pas laisser d’héritage, contrairement à la France où il est interdit de deshériter un enfant.

Le contexte historique et économique

C’est un fait, le système américain laisse plus de place à l’individu, puisque l’Etat y est moins interventionniste. En France,  la tradition d’un Etat fort et central, avec pour domaine le social, l’éducatif et le culturel reste très prégnant. Jusqu’ici, rien d’innovant.

Mais ce qui va pousser davantage l’Américain a donner de son temps ou de son argent, c’est l’implication qu’il a dans son don. Il sait à qui il donne donc il sait où l’argent va. De manière générale, il y a un lien entre la personne qui donne et le destinataire. Anne Monier, docteure en sciences sociales et codirectrice du Philanthropy and Social Sciences Program remarque que « le donateur américain va avant tout aider sa communauté, c’est-à-dire à son université, son église ou son institution culturelle». L’Eglise est souvent la première à recevoir des dons, il n’est donc pas étonnant de voir les Américains si engagés sur le sort de Notre-Dame de Paris comme édifice religieux.

« Tous les cas de figure coexistent aux Etats-Unis : la philanthropie d’entreprise comme stratégie utilitaire, comme stratégie destinée à écarter les réglementations gouvernementales, comme stratégie pour contrer des campagnes d’opinion. » complète Marion Ripert, de l’INPI. L’Américain ne se limite pas à un cadre existant pour s’adonner à la philanthropie.

Le match de la déduction fiscale revient aux Etats-Unis

Contrairement aux idées reçues, la fiscalité est plus encourageante envers la fiscalité outre-Atlantique, avec une déduction fiscale pouvant aller jusqu’à 100% du revenu imposable, contre 66% pour les particuliers et 60% pour les entreprises en France. La partie payée par les contribuables est donc plus importante aux Etats-Unis qu’à Paris et la part pris par l’Etat américain est finalement plus importante.

Une philanthropie américaine davantage tournée vers l’étranger

Les Américains ont des racines européennes, c’est évidemment l’histoire du monde et de la colonisation, que les Européens n’ont pas. Certains experts citent le lien particulier et historique entre les deux pays, qui s’est forgé pendant le temps des guerres, que cela remonte à l’indépendance américaine ou aux deux guerres mondiales. Les soldats américains ont fêté la Libération de Paris en août 44 sur le perron de Notre-Dame et les images sont restées ancrées dans les esprits.