Voter par Internet, c’est déjà possible pour un million de Français de l’étranger à partir du 23 mai 2012. Le site www.votezaletranger.gouv.fr est ouvert pendant une semaine pour le premier tour des élections législatives. Onze sièges de députés sont à pourvoir. On pourra trouver judicieuse cette facilitation du vote pour des citoyens éloignés de la métropole et des centres de vote consulaires. Encore un bienfait de la technique.

Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si des spécialistes d’informatique n’avaient pas mis en garde contre les risques pesant sur la régularité des élections : piratages, bugs, secret et sécurité non garantis. Ce ne sont pas seulement des craintes quand les opérations de vote électronique aux Etats-Unis en 2004 ont été entachées d’irrégularités. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a aussi considéré que « les systèmes de vote existants ne fournissaient pas encore toutes les garanties exigées par les textes légaux  ». Elle n’a pas été entendue. En début d’année, elle a donc encore rappelé les risques de « divulgation des opinions politiques et de manipulation des votes ». Et pour couronner le tout, une société privée espagnole basée à Barcelone gère l’ensemble du processus par son logiciel qui assure le vote, le décompte et la vérification. Sans qu’on puisse vérifier ses chiffres . Selon le rapport de la CNIL, la sous-traitance concerne pas moins de cinq entreprises privées au côté du ministère des affaires étrangères. Il préconise le rapatriement du scrutin pour permettre les vérifications et par principe politique. Dans le milieu des « expats », les rumeurs de fraude électorale étaient monnaie courante depuis longtemps et beaucoup préféraient ne pas voter pour cette raison. Le vote par Internet ne les rassurera pas.

 

Pour le moment, l’expérience n’est qu’une exception pour faciliter le vote des personnes éloignées. Une expérience ? Si l’on prend au sérieux le terme, n’est-ce pas ouvrir la porte au vote en ligne généralisé ? On devine les arguments qui pourraient soutenir ce changement : il faut bien moderniser une procédure archaïque, les coûts vont être amoindris, il faut être de son temps, Internet a vocation à développer la démocratie, etc. Et on devine aussi l’objection aux doutes sur la fiabilité : faiblesse forcément provisoire comme pour toute innovation.

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