Nous regorgeons d’innovations techniques pour relever les défis du futur. Nous avons voulu le montrer une nouvelle fois dans cette lettre par quelques exemples choisis. Notre problème serait plutôt d’aider ces innovations à franchir le cap de l’industrialisation. Force est donc de constater que la question de l’innovation se pose dans le champ sociétal plus que technologique.
Même si nous savons que les défis de l’évolution du vivant sont de long terme ; même si nous savons que les océans ou les arbres n’ont pas la capacité d’adaptation aux immenses changements de l’environnement imposés par l’homme, Gilles Boeuf constate que nous sommes incapables d’intégrer le long terme dans notre système de décision politique.
Même si nous pouvions disposer de méthodes économiques fiables de valorisation de l’environnement, Guillaume Sainteny nous rappelle que le choix est profondément éthique. Aucune méthode ne pourrait seule justifier nos choix.
Même si nous constatons chaque jour la multiplication d’écocides, nous ne disposons pas encore d’un tribunal pénal de l’environnement, contrairement au Chili.

Ne nous cachons pas derrière la technologie ou la science économique pour reporter le débat de l’innovation sociétale qu’implique l’écologie.
L’Union européenne a longtemps été l’inspiratrice des débats éclairés. Elle fut dès 1972 l’instigatrice du premier programme d’action pour l’environnement. Elle est à l’origine de 80 % de notre législation. La France ne serait pas si verte, ni si agréable à la vivre sans l’inspiration de l’Union européenne. Aurions nous été si prompts à dépolluer les eaux, à traiter les rejets industriels, à protéger nos montagnes, à trier nos déchets sans l’impulsion de l’Union européenne ? Permettez-nous d’en douter.
Mais la réglementation, en d’autres termes la contrainte, ne suffira plus à s’inscrire dans un futur de l’innovation écologique. L’Union européenne doit porter le débat des biens publics mondiaux que sont le climat, les océans, les bassins forestiers, les pôles. Aucun continent en dehors de l’Union européenne ne défend ces causes. Aucun continent ne porte les intérêts des générations futures. La France seule ne fera pas plier l’Organisation Mondiale du Commerce, ni les grandes puissances.
A l’heure où les partis « europhobes » s’imposent en France, aux Pays Bas, en Finlande ou encore au Royaume Uni, nous voulons rappeler que les défis du futur exigent une Europe plus forte, plus convaincue par ses idéaux. .

Par Chantal Jouanno et Laurence Vichnievsky
Co-présidentes d’Ecolo-Ethik