Jim Rickards Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

J’estime à 76% environ les chances que nous nous trouvions d’ores et déjà en tout début de récession. Tous les indicateurs économiques américains sont négatifs.

Par ailleurs, le comportement actuel du marché actions reflète précisément ce à quoi je m’attends en début de récession. Les marchés actions sont des indicateurs « précurseurs » des récessions. Traditionnellement, ils chutent pendant six mois environ avant que ces dernières ne débutent.

Les économistes conventionnels mettent du temps à s’en rendre compte. Dans un an, ils diront la chose suivante : « la récession a débuté en janvier, ou début février 2016 ». A ce stade, cette information ne sera plus utile. En revanche, en étudiant les bonnes informations, on peut voir ce qui s’annonce.

Par exemple, aucune croissance des salaires réels n’a été enregistrée. D’autres indicateurs précurseurs, tels que la diminution des échanges commerciaux dans le monde ainsi que la baisse des produits manufacturés, des ratios stock/vente et des ventes d’automobiles, évoquent également que nous nous orientons vers une récession.

Les forces déflationnistes étant encore fortes, l’objectif de la Fed, qui est de produire de l’inflation, prend un caractère encore plus urgent. Quant aux élites mondiales, chaque trimestre écoulé les rapproche un peu plus du jour du jugement dernier. Elles ont besoin d’inflation car c’est la seule façon de régler le problème des dettes souveraines.

Bien que les Banques centrales aient été incapables de générer de l’inflation, elles pensent qu’il faut relancer la croissance de l’économie mondiale. Aux Etats-Unis, la Fed n’a pas réussi à générer de l’inflation pendant sept ans consécutifs, malgré les assouplissements quantitatifs Q1, Q2 et Q3. La Banque centrale européenne n’y est pas parvenue non plus, et la Chine est également en train d’échouer.

Pour les élites mondiales, voici la question qui se pose : d’où viendra cette inflation ?

Beaucoup de gens pensent que pour obtenir de l’inflation il suffit d’imprimer de l’argent. C’est ce qu’a déclaré Milton Friedman. Ce n’est pas vrai. Imprimer de l’argent, en soi, ne provoque pas d’inflation. Les gens doivent faire quelque chose de cet argent. Ils doivent l’emprunter, le dépenser ou l’investir. Les banques doivent le prêter où l’investir dans des projets. Cet argent frais ne doit pas rester inerte.

L’impression d’argent ne représente que la moitié de ce qui est nécessaire pour générer de l’inflation. L’autre moitié, c’est la nécessité que cet argent soit prêté… que les gens sortent et le dépensent…que les banques exercent un effet de levier via le crédit, et ainsi de suite. Or, cela ne s’est pas produit.

Cela ne se produit pas car les responsables, au sein des banques et des entreprises, ne se sont pas encore remis des dégâts de l’effondrement de 2008. Les citoyens ordinaires économisent leur argent et remboursent leurs dettes. Voilà pourquoi nous nous trouvons encore dans un cycle de désendettement. C’est également la raison pour laquelle l’assouplissement quantitatif a échoué. Cet argent n’est pas allé dans l’économie réelle. Il a été retenu dans le secteur bancaire.

Toute banque détenant un excédent de réserves auprès de la Fed peut se baser sur ce dernier pour consentir des prêts. Mais les banques ne le font pas, alors l’intégralité du système ne fonctionne pas. Ce que l’on appelle le « mécanisme de transmission [de la politique] monétaire » est rompu.

L’expression « de l’argent par hélicoptère » — helicopter money — correspond avant tout à des dépenses que l’Etat effectue directement afin de stimuler l’économie. L’idée, c’est d’imposer des dépenses, puisque le secteur privé n’en fait pas suffisamment en ce moment.

Qui effectue ces dépenses ? L’Etat.

Retour à la Grande dépression

Cette politique nous ramène à la Grande dépression et à John Maynard Keynes. Il affirmait que les dépenses publiques pouvaient sortir l’économie de la dépression. C’est le b.a.-ba du keynésianisme.

L’idée est simple. Lorsque l’Etat dépense, l’économie commence à se relancer. Selon cette préconisation, peu importe, même, à quoi sont affectées ces dépenses. De nombreuses élites y croient.

Bien entendu, l’Etat excelle en matière de dépenses. Aux Etats-Unis, les démocrates affecteront probablement cet argent à des organisations collectives ou à des syndicats d’enseignants. Les républicains les affecteront probablement à des prestataires de la défense. Tout le monde a sa liste de favoris.

C’est ce qu’a fait Paul Ryan (président de la Chambre des représentants, au Congrès américain), en décembre, lorsqu’il a fait passer cette loi de finances à la Chambre des représentants. Le Sénat l’a adoptée et, naturellement, Obama l’a signée.

Tout le monde est tombé d’accord, à Washington. Les politiciens adorent dépenser de l’argent en cours d’année électorale.

Mais réfléchissons aux conséquences. A présent, le déficit va encore plus se creuser. Comment le Congrès va-t-il combler ce trou ? Le Trésor va emprunter de l’argent.

Qui va prêter de l’argent au Trésor ? C’est simple. La Fed imprimera de l’argent pour acheter les obligations. Voilà qui nous ramène à l’impression d’argent.

Mais il y a une différence entre l’helicopter money et l’assouplissement quantitatif (QE). Dans le cadre d’un QE, la Fed imprime de l’argent et l’utilise afin d’acheter aux banques des obligations existantes. Ensuite, l’argent reste normalement dans les banques. J’ai expliqué de quelle manière cette politique a échoué.

Avec l’helicopter money, toutefois, c’est le Congrès qui dépense l’argent. Il couvre son déficit en empruntant plus, et la Fed imprime de l’argent afin de couvrir ces emprunts. Il s’agit essentiellement d’une monétisation de la dette. La différence, c’est que dans le cas du QE, il n’y a pas de dépenses supplémentaires. Dans le cas de l’helicopter money, il y en a car le Congrès dépense tout cet argent.

Cela signifie, en dernière analyse, que l’helicopter money mène tout droit à l’inflation.

Cette politique est plus imminente que vous ne le pensez.

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James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.