Moins belle qu’avant, la vie marseillaise ? C’est ce que pourrait laisser penser le témoignage de Laurent Kerusoré, comédien de 43 ans qui incarne un personnage majeur et récurrent de la série Plus belle la vie. Après avoir vécu plus d’une dizaine d’agressions dans les rues de la cité phocéenne, l’interprète de Thomas Marci a déclaré : « J’en ai marre d’être le punching-ball de la connerie de certains. »

Clairement traumatisé par ces expériences, il souhaiterait « retrouver une vie plus anonyme à Paris ». Il faut dire qu’il s’est déjà retrouvé enfermé dans le coffre d’une voiture en raison de l’homosexualité de son personnage… De quoi motiver un déménagement.

La ville de Marseille est bien éloignée des images d’Épinal qui lui ont longtemps collé à la peau, celles des œuvres de Marcel Pagnol. En dépit d’une chaleur toute méridionale, la ville est aussi une capitale nationale du crime. Le cas de Laurent Kerusoré n’est pas isolé. Anonymes et célébrités sont traités à la même enseigne. On ne compte, d’ailleurs, plus les cambriolages dont ont été victimes les joueurs de l’Olympique de Marseille. Le fils de José Anigo, ancien entraîneur et directeur sportif du club de football, a été récemment assassiné dans une sombre affaire de trafic de drogue… Bref, c’est toute une ville qui vit au rythme de la voyoucratie et de l’insécurité quotidienne, à la manière du Chicago des années 30.

Ironie de l’histoire, la série Plus belle la vie présente régulièrement une vision irénique de la ville.

Historien, Jean-Yves Le Naour a écrit un livre intitulé Plus belle la vie : la boîte à histoires dans lequel il offre un éclairage politique du feuilleton : « Au centre du récit, on trouve le vivre ensemble, le rejet du communautarisme, la promotion de ce que l’on appelle la “diversité”, et ce n’est pas un hasard si la plupart des couples de Plus belle la vie sont mixtes. Les scénaristes ont même poussé la perversion démocratique jusqu’à faire tomber amoureux un flic raciste et une policière beurette. »

On ne pourra pas enlever une certaine honnêteté aux propos de cet historien. Oui, Plus Belle La Vie est une série qui représente bien l’idée de la France que s’en font les intellectuels organiques de gauche ou d’ailleurs – une France d’après. Il est commode de faire passer certains messages par le biais du média télévisuel ; à force de matraquage, il en restera bien quelque chose. Friedrich Nietzsche disait qu’en philosophant à coups de marteau, tous les problèmes deviennent des clous. De la même manière, en vous bourrant le crâne de faussetés à coups de marteau, tous les soucis du quotidien deviennent des fictions…

Le retour au réel est brutal. En effet, Plus belle la vie a été conçue comme un antidote à la réalité. Petite propagande quotidienne du service public au service du monde tel qu’on « voudrait qu’il soit », et non tel qu’il est, le feuilleton a été rattrapé par la ville qu’il décrit d’une façon trop méliorative : Marseille. Dans un ancien épisode, le héros Abdel Fedala et sa compagne Barbara se trouvaient pris à partie par une bande de « racailles », exclusivement constituée de Français dits « de souche ». Les deux héros y sont violemment agressés, suite au refus d’Abdel de donner une cigarette à ces voyous.

 

À l’époque, les médias avaient commenté avec effroi cette scène de racisme, qualifiée d’ordinaire et censée dépeindre fidèlement l’ambiance dans les rues de Marseille… Il faudrait peut-être interroger monsieur Kerusoré pour en avoir le cœur net…

Source: http://www.bvoltaire.fr/gabrielrobin/acteurs-de-plus-belle-vie-quittent-marseille,312352