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Selon un récent sondage de l’Ifop, un français sur trois connaitrait dans son entourage proche une personne s’étant suicidée ou ayant tenté de mettre fin à ses jours.

Une enquête plus que sérieuse

Le sondage a été mené sur un échantillon de 2007 personnes représentatif de la population française à l’occasion de la journée nationale de prévention contre le suicide. Publié en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès et le professeur Michel Debout, membre de l’Observatoire du suicide créé en 2013, l’enquête révèle qu’un français sur cinq a déjà très sérieusement envisagé de se suicider ou est passé à l’acte. En comparant ces résultats à ceux d’un sondage réalisé en 2006, on constate que le nombre de personnes ayant sérieusement pensé à mettre fin à ses jours a augmenté de 3% en dix ans, passant ainsi de 17 à 20% en 2016. Il était de 13% en 2000. Il faut toutefois relativiser ces chiffres puisque la majorité de la population déclare ne jamais avoir envisagé le suicide, soit 80%. Dans ces 80%, 23% ont eu de vagues pensées suicidaires. C’est 6% de plus qu’il y a dix ans. Si cette fois on se concentre sur les 20% des sondés déclarant avoir déjà envisagé le suicide, on note que 22% d’entre eux ont déjà fait une tentative de suicide. Pour le sondage 2016, 5% des français ont donc déjà essayé de mettre fin à leurs jours, soit 2% de moins qu’il y a dix ans.

Une légère hausse par rapport à 2000

Si le nombre de personnes ayant de sérieuses pensées suicidaires a augmenté, le nombre de personnes ayant déjà fait une tentative de suicide a lui diminué. Toutefois, dans les deux cas on peut relever des chiffres plus élevés que pour les années 2000. Autre fait notable : sur l’ensemble des sondés, 21% déclarent prendre au moins un médicament parmi la liste suivante : somnifères ou hypnotiques (10%), anxiolytiques ou tranquillisants (9%), antidépresseurs (8%), stabilisants-régulateurs de l’humeur (3%) et neuroleptiques (2%). Si on ajoute à cela que 10% des interviewés ont consulté un psychiatre ou un psychologue sur les douze derniers mois, et que sur les 19% ayant été hospitalisés au cours des douze derniers mois, 7% d’entre eux l’ont été dans un service psychiatrique, on peut noter clairement un certain mal-être pour une part mineure de la population.

Les facteurs à risque

Une partie de l’enquête menée par l’Ifop vise à savoir qui sont ces Français qui déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide (5%) ou qui l’ont sérieusement envisagé (15%) soit 20% de la population. Eu égard aux conditions inégales d’accès à l’emploi et au taux particulièrement élevé de chômage dans certaines régions, la question de la région de résidence se pose très clairement. Pourtant, si on se fie aux chiffres relevés par l’Ifop, les régions sont toutes représentées dans le panel à hauteur de 20% en moyenne (21% pour l’Ile de France, l’Aquitaine Limousin Poitou Charente, 22% pour le Centre Val De Loire et l’Auvergne Rhône Alpes, 20% pour la Provence Alpes Côte d’Azur et l’Alsace Champagne Ardennes Lorraine Bourgogne Franche Comté). Si le chômage augmente les risques (30% des 20% du panel ciblé sont des chômeurs), la région géographique ne semble pas être le facteur déterminant puisque le Nord Pas de Calais, pourtant durement touché par la crise économique, n’est la région de résidence que de 19% d’entre eux, tout comme la Bretagne Pays de Loire. La Normandie quant à elle affiche le taux le plus bas avec 16%. Deuxième question : les habitants des grandes villes sont-ils plus exposés que ceux des campagnes ? L’enquête démontre que ces Français qui déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide ou qui l’ont sérieusement envisagé proviennent de 21% d’une agglomération parisienne, 21% d’une agglomération de 100 000 habitants et plus et de 21% de communes rurales. On voit aussi que 19% d’entre eux proviennent d’une agglomération de 20 à 100 000 habitants et 16% d’entre eux d’une agglomération de 2 à 20 000 habitants. Il y a donc un premier effet à noter : celui du lieu de vie. Plus l’agglomération de résidence est peuplée, plus le risque de suicide est élevé. Un résultat qui peut s’expliquer notamment par le stress des grandes villes et la fatigue chronique que ce stress engendre. D’un autre côté, habiter dans une commune rurale conduit à un risque aussi élevé que vivre dans une agglomération parisienne. On pourrait donc a priori en conclure qu’il y a une démographie optimale pour limiter le risque de suicide. Trop ou trop peu d’habitants constitue un facture à risque.

Un profil type de personnes touchées par le phénomène

Les résultats du sondage montrent que parmi les 20% de la population concernée, 23% sont des femmes. Les plus jeunes semblent également davantage visés. Ils seraient 25% de 18 à 24 ans et 24% de 25 à 34 ans. A contrario, les 65 ans et plus ne représenteraient que 14% d’entre eux. D’autre part, le risque de suicide concernerait nettement plus les individus n’ayant pas de diplôme jusqu’au bac +2 (entre 20 et 22%) que ceux titulaires d’un diplôme supérieur (15%). Concernant la composition du foyer, l’enquête montre que 22% sont des personnes vivant seules, 18% à deux, 23% à trois, et 21% à quatre personnes ou plus. Ces résultats paraissent logiques puisque la solitude peut miner le moral des gens. Il est difficile pour certains de se retrouver seuls. Mais les chiffres montrent également qu’il est encore plus dur de vivre à 3 (alors qu’étrangement vivre à 4 ou plus semble faire diminuer le risque). Une explication pourrait résider dans le fait que vivre en groupe implique aussi des conflits (de génération, d’opinions, de mode de vie,…). Or qui dit conflit dit camp. Vivre en étant 3 dans un foyer signifie qu’il y aura nécessairement un moment où deux seront d’accord et qu’une personne se sentira seule, isolée car dans l’autre camp. Cela pourrait expliquer que les résultats soient plus faibles lorsque la composition du foyer passe à 4 personnes ou plus. Sans surprise, on constate aussi que les personnes les plus touchées appartiennent à des catégories pauvres (31%) alors que les hauts revenus ne représentent que 12%. Ici on parle bien de la catégorie sociale d’appartenance et non du contexte économique des régions de France.

Des chiffres qui interpellent

Dans le rapport du sondage Ifop, les résultats portant sur l’expérience de différentes situations au travail méritent qu’on s’y intéresse. Ainsi, on peut lire que si on ne considère encore que les 20% de personnes du panel qui ont déclaré avoir fait une tentative de suicide ou qui l’ont sérieusement envisagé, 42% d’entre eux ont connu un harcèlement sexuel et/ou moral, 36% un état d’épuisement (burn out) et 35% un état de stress majeur. 14% ne connaissent quant à eux aucune de ces situations. Compte tenu de ces observations, il parait évident que les suicides et pensées suicidaires sont largement provoquées par un mal-être sur le lieu de travail ou à des conditions trop difficiles. Cette enquête montre à quel point il est important de surveiller la qualité de vie des salariés sur leur lieu de travail et de garder un œil sur ce qu’il s’y passe. Bien entendu, ces chiffres viennent s’ajouter aux risques existant lorsque le sujet est touché par une maladie chronique, prend des psychotropes ou connait dans sa famille ou dans le cercle proche des cas de suicides (ou de tentatives de suicides). Enfin, l’enquête souligne l’impact très marqué de l’existence de décès dans l’entourage dans les milieux les plus modestes. Cet impact oscille entre 21 et 22 points selon les catégories pauvres, modestes et classes moyennes inférieures. Il n’est que de 6 points pour les classes moyennes supérieures, aisées et les hauts revenus.

Si ce sondage n’est en rien dramatique, on peut toujours s’interroger sur l’évolution du nombre de suicides suivant les années. La légère hausse s’explique sans aucun doute en partie par une diminution du pouvoir d’achat, une baisse du niveau de vie des ménages et au chômage dont il est aujourd’hui de plus en plus difficile de sortir. Les conditions de vie au travail méritent également toute notre attention car elles jouent un rôle indéniable dans les pensées suicidaires des actifs. On dit souvent que cela n’arrive qu’aux autres, jusqu’au jour où les autres, c’est nous. Ne minimisons pas les risques de voir quelqu’un sombrer dans des tendances suicidaires. Restons vigilants.