On a coutume de dire que le temps, c’est de l’argent. A Paris, le proverbe a pris du plomb dans l’aile. Pour Vincent Chaudel, le rapport de force s’y est même totalement inversé. « Quand on a les moyens, on a tendance à ne pas être patient, à vouloir brûler les étapes. Voilà pourquoi l’argent, c’est du temps, nous décrypte cet économiste du sport, expert au sein du cabinet Kurt Salmon, qui co-produit chaque année l’étude Football professionnel, finances et perspectives. Il faut que Paris grandisse, et vite. L’arrivée, probable, de Carlo Ancelotti répond à cette logique. »

Depuis qu’ils ont pris les rênes du PSG, les Qataris ont une idée fixe. Une ambition XXL : « Faire de Paris un club référent au niveau international. » Cette feuille de route ne laisse aucune place aux sentiments. Antoine Kombouaré n’a pas résisté à l’appétit de QSI. Et tant pis si Paris vire en tête à mi-parcours. L’heure est au clinquant. Le club de la capitale est, dixit Chaudel, « entré dans un star-sytem ». « Le PSG a toujours eu un positionnement de ‘club paillettes’. Ces dernières années, il n’avait pas les moyens pour défendre ce positionnement. Aujourd’hui, il les a. »

« On n’achète pas un palmarès »

L’intronisation programmée d’Ancelotti s’inscrit dans la stratégie globale de QSI. « Un casting de stars nécessite forcément un casting d’entraîneur, précise Chaudel. En clair, pour attirer des grands joueurs, Paris a besoin d’un entraîneur de renommée internationale. » « Mais c’est facile d’avoir une renommée internationale quand on entraîne un club comme Milan ou Chelsea, coupe Vahid Halilhodzic, qui a dirigé le PSG entre 2003 et 2005. Un bon entraîneur, c’est quelqu’un qui sait tirer le meilleur de son groupe. S’il arrive à propulser Ajaccio en Ligue des champions, alors là, je dis chapeau. Mais décrocher des titres quand on vous en donne les moyens, c’est normal. »

La probable arrivée de Carlo Ancelotti sur le banc du PSG atteste de la croissance éclair que vit le club parisien. - 2 « L’argent est une condition nécessaire aux résultats sportifs, mais pas une condition suffisante, tempère Chaudel. On n’achète pas un palmarès. A Chelsea ou à City, la stratégie s’est avérée payante. Mais elle a mis un peu de temps à porter ses fruits. » Cet été, QSI a pourtant dépensé sans compter sur le marché des transferts : 89 millions d’euros, dont 42 pour le seul Javier Pastore. Et il va encore mettre la main à la poche cet hiver. Pour Chaudel, la signature imminente de David Beckham s’annonce comme « un accélérateur de notoriété, qui va développer la marque PSG dans le monde entier ». « C’est surtout un message adressé aux stars internationales. Paris peut se payer n’importe qui. Sur le marché des transferts, ça ouvre le champ des possibles. » « Ça risque aussi de foutre la merde dans le vestiaire, prédit Halilhodzic. Quand vous avez un joueur payé 800.000 euros par mois et un autre qui touche 50.000, forcément, ça créé des tensions.