Ce n’est pas le moindre des paradoxes que dans presque toutes les Églises catholiques du monde on trouve une statue de Sainte Thérèse, tel un vibrant appel lancé au clergé et à l’Humanité à entendre la voix des femmes prêtres : la voie à suivre certainement pour permettre la justice spirituelle sur terre et la fidélité authentique au message si philogyne de Jésus le Christ. Car Thérèse Martin avait formulé un vœu profond entre tous, celui d’être Prêtre :  » Je sens en moi la vocation de prêtre, avec quel amour, ô Jésus, je te porterais en mes mains lorsque, à ma voix, tu descendrais du ciel… Avec quel amour je te donnerais aux âmes ! 

À titre posthume l’Église l’a béatifiée et lui a même conféréle titre de Docteur de l’Église, mais Thérèse n’avait qu’une seule vocation : celle d’être Prêtre.

Cette vocation n’a d’ailleurs rien d’étonnant, et elle est partagée par des millions de femmes sur terre depuis que le Christ a marché sur la terre, ces propos limpides de Romain GARY tenus dans son dernier entretien vous livrent sans doute une des clés, d’un tel appel ressenti par tant de femmes dans le monde, et jusqu’à présent, encore bien complexe à vivre  :

 » Je prétends que la première voix féminine du monde, le premier homme à avoir parlé d’une voix féminine, c’était Jésus-Christ. La tendresse, les valeurs de tendresse, de compassion, d’amour, sont des valeurs féminines et, la première fois, elles ont été prononcées par un homme qui était Jésus.« 

Or il y a beaucoup de féministes qui rejettent ces caractéristiques que je considère comme féminines. En réalité, on s’est toujours étonné du fait qu’un agnostique comme moi soit tellement attaché au personnage de Jésus.

Ce que je vois dans Jésus, dans le Christ, dans le christianisme, en dépit du fait qu’il est tombé dans les mains masculines, devenues sanglantes et toujours sanglantes par définition, ce que j’entends dans la voix de Jésus, c’est la voix de la féminité en dehors de toute question de religion et en dehors de toute question d’appartenance catholique que je puis avoir techniquement. Je puis donc simplement dire que mon rapport avec les femmes a été d’abord un rapport de respect et une adoration pour ma mère, qui s’est sacrifiée pour moi, et un amour des Femmes dans toutes les dimensions de la féminité, y compris bien sûr celle de la sexualité.

On ne comprendra absolument jamais rien à mon œuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour et presque toujours l’amour de la féminité. Même si j’écris un livre dans lequel la féminité n’apparaît pas, elle y figure comme un manque, comme un trou. Je ne connais pas d’autres valeurs personnelles, en tant que philosophie d’existence, que le couple. Je reconnais que j’ai raté ma vie sur ce point, mais si un homme rate sa vie, cela ne veut rien dire contre la valeur pour laquelle il a essayé de vivre.

Et si on me demande de dire quel a été le sens de ma vie, je répondrai toujours – et c’est encore vraiment bizarre pour un homme qui n’a jamais mis les pieds dans une église autrement que dans un but artistique – que cela a été la parole du Christ dans ce qu’elle a de féminin, dans ce qu’elle constitue pour moi l’incarnation de la féminité. Je pense que si le christianisme n’était pas tombé dans les mains des hommes, mais entre les mains des femmes, on aurait eu aujourd’hui, une tout autre société, une tout autre civilisation. »

Hélène PICHON

Auteure de l’Eternel(le) au Féminin, Manifeste pour une Nouvelle Théologie de la Libération