Gustave Caillebotte, Le Pont de L'Europe,1881-1882_opt

La peinture de Caillebotte se divise en deux périodes : la période réaliste (proche de la peinture de Manet) et la période impressionniste (avec des empâtements plus visibles) . Le pont de l’Europe s’inscrit dans la première période de nouveau réalisme et le sujet est alors totalement lisible et de facture lisse.

La scène se déroule près de la gare Saint-Lazare par une matinée de printemps. La lumière rendue est pâle et vive à la fois. Elle vient de la droite du tableau et passe entre la structure du pont en projetant des ombres aux tonalités grises et bleutées. Le peintre joue sur les contrastes de couleurs. L’œuvre est coupée en deux. À gauche, le trottoir clair et les bâtiments haussmanniens contrastent avec les promeneurs en habits noirs, tandis que dans la partie droite le costume gris clair de l’ouvrier se détache de la structure sombre du pont. Le format rectangulaire de l’œuvre pourrait offrir un grand angle de vue mais tasse les figures.

Caillebotte utilise ici deux points de fuite, le principal se situant sur la tête de l’homme au chapeau haut de forme. Les lignes du pont, des bâtiments, du trottoir, l’ombre du chien convergent vers ce point de fuite. Or celui-ci contrairement aux règles de perspective, ne se situe pas sur une ligne d’horizon à mi-hauteur du tableau. Il n’est pas non plus centré mais se trouve dans le tiers gauche du tableau ce qui donne une perspective oblique. Les distances s’en trouvent écrasées et les échelles sont faussées. L’espace du tableau se resserre à mesure que l’on y pénètre. L’homme au chapeau haut de forme est probablement le peintre lui-même, il existe en effet une photo de lui prise par son frère dans la même position.