Selon un mauvais rituel désormais bien établi, « un crime médiatique entraine une loi ». En réaction à chaud aux meurtres de sang froid commis par un jeune fanatique se réclamant d’Al Qaïda, Nicolas Sarkozy propose de créer de nouveaux délits, celui de « visite de sites internet faisant l’apologie du terrorisme » et de « voyage à l’étranger aux fins d’endoctrinement ».

Le Parti Libéral Démocrate condamne avec la plus extrême vigueur ces propositions. Ces deux annonces montrent à quel point notre président méprise la notion même de liberté. Ces mesures impliquent la mise en place d’un véritable pistage des actions d’un très grand nombre de citoyens français. Passons sur le fait que des méthodes similaires mises en place par les USA dans les années 90 n’ont pas permis de prévenir les attentats du 11 septembre, les services de sécurité étant incapable de distinguer le « signal » terroriste dans la masse du « bruit » sous surveillance. L’impraticabilité des annonces du président n’est pas l’essentiel.

Dans un état de Droit de tradition libérale, c’est le passage à l’acte qui fait le criminel. Nul ne peut être poursuivi pour avoir reçu un enseignement, fut-il ouvertement contraire aux lois de la république. Lire un livre ou des pages internet qui font l’apologie de la violence ne fait pas de tout lecteur un être violent, pas plus que regarder un film violent ne fait du spectateur un assassin. Criminaliser certaines lectures ou certains séminaires, c’est accepter que l’Etat vous dénie tout sens critique, toute capacité de jugement. C’est accepter que l’Etat décide ce que vous avez le droit de lire ou d’écouter, et accepter que l’Etat mette en détention des gens qui n’ont commis aucun crime.

Quelle que soit l’horreur des actes commis par Mohamed Merah, ils restent isolés. La qualité de la réaction policière a permis d’identifier et de neutraliser le criminel en un temps court. Elle a envoyé un signal dissuasif très fort à tout autre terroriste potentiel. Ce n’est pas en utilisant les moyens de la police pour fliquer l’ensemble de la population qu’on lui permettra d’être plus efficace, d’autant qu’ils ne sont pas illimités. Ces actes aussi exceptionnels que dramatiques ne justifient pas instauration de lois d’exception violant des siècles de tradition juridique qui présument l’innocence des individus, au détriment de l’ensemble des français respectueux des lois.

Rappelons-nous cette belle phrase de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une, ni l’autre, et finit par perdre les deux. »