Depuis le début de l’année, alors que les indices boursiers sont dans le rouge et que les marchés obligataires connaissent des difficultés, l’or et l’argent ont notablement progressé. Est-ce enfin le retour du grand marché haussier de l’or ?

Ou bien n’est-ce qu’un feu de paille qui sera vite contré par les prochaines opérations monétaires des Banques centrales ? Pour répondre à ces deux questions, il convient de jeter d’abord un coup d’oeil dans le rétroviseur.

La « relique barbare » a la peau dure

Après la Seconde Guerre mondiale, un nouveau système monétaire se met en place. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le Japon sont exsangues. Le dollar, réputé as good as gold, devient le pivot de ce système : toute créance de l’Etat fédéral peut être échangée contre de l’or avec une parité fixe de 35$ l’once.

Le monde est en forte expansion économique, peu endetté, les pays ruinés se reconstruisent, les Etats-Unis sont producteurs de pétrole et exportateurs. Le dollar as good as gold satisfait le commerce mondial tandis que l’or est réduit à une « relique barbare », pour reprendre l’expression de Keynes.

Dans l’indifférence, il prend la poussière au fond des coffres des Banques centrales.

Tout change avec le premier choc pétrolier de 1970. Les Etats-Unis deviennent déficitaires, ils exportent de la dette. Les Banques centrales des pays exportateurs achètent la dette américaine. La France et l’Allemagne menacent d’échanger leurs dollars excédentaires contre de l’or.

En 1971, c’est la fin des accords de Bretton Woods. Le dollar sera dévalué à 38$ puis à 42$ l’once — soit une dévaluation de 17%. La mise en place en 1976 des accords « de la Jamaïque » fait disparaître toute référence à l’or. Les monnaies flottent et dérivent, arrimées à rien. Puis les chocs pétroliers propagent l’inflation : l’or s’envole et le statut du dollar comme réserve de valeur est menacé.

Pour préserver le dollar et mettre fin à l’inflation, Volker pousse les taux courts à 20% en 1980. L’or se calme, tout semble rentrer dans l’ordre. Trente ans plus tard, les Etats-Unis continuent à exporter de la dette et à importer ce dont ils ont besoin.

La dette totale des Etats-Unis, qui représentait environ 180% du PIB en 1976, atteint 356,7% du PIB en juin 2008 (soit 6788,1 Mds$, qui comprennent l’empilement de la dette nette privée, des déficits commerciaux et budgétaires).

Malgré ces gigantesques émissions de dettes en dollar, les taux d’emprunt américains baissent et personne ne remet vraiment en cause l’hégémonie du dollar. La crise de 2008 est vue comme une crise de liquidités ; les Banques centrales décident de la contrer en injectant des liquidités — du crédit supplémentaire, rajoutant de la dette à la dette. En réalité, il s’agit d’une crise de solvabilité. Il y a trop de dette et pas assez de croissance pour la rembourser ou même en payer les intérêts.

De nombreuses études confirment que la croissance de la dette publique n’engendre plus d’activité supplémentaire. L’utilité marginale du surcroît de dette diminue. En moyenne, aux Etats-Unis, 1$ de dette n’achète plus que 0,58$ de PIB supplémentaire.

C’est pour cela qu’il ne faut surtout pas que la dette coûte cher. Pour cela, politiciens et banquiers centraux vous privent de tout rendement sur votre épargne — mais c’est le cadet de leur souci. A Shanghai, lors du dernier G20, le constat des politiciens — qui avaient convié leurs banquiers centraux — recoupait très bien cette étude.

L’OCDE abaissait encore ses prévisions face à une croissance anémique : inefficacité croissante des politiques monétaires, commerce mondial en berne et production en sommeil. On aurait dit qu’à Shanghai tout le monde se découvrait Japonais… Déprimant.

La production cale mais cela n’inquiète pas les technocrates et les promoteurs du progrès qui pensent que la prospérité s’achète grâce à la valeur ajoutée des services.

Ce qui est vrai, mais avant de pouvoir monnayer cher des services, il faut que la production tourne à plein régime.

A défaut, cela veut dire que du capital immobilisé est inutile, que la surcapacité productive tire les prix par le bas. A ce dernier G20, les banquiers centraux avouaient que l’efficacité de leurs politiques monétaires avait atteint ses limites. A dire vrai, le mot efficacité est trompeur. Les politiques monétaires ont en réalité été inefficaces et même nuisibles — et leur capacité de nuisance est loin d’être épuisée. Elles ont différé une purge nécessaire. L’économie mondiale est intoxiquée par les mauvais crédits.

Mais les banquiers centraux, charlatans de la santé économique mondiale, refusent d’admettre la purge nécessaire (pertes et faillites). Ils préfèrent condamner le patient à la septicémie plutôt que crever l’abcès des créances pourries à l’origine des surcapacités productives.

Les compères du G20 se sont donc quittés avec l’idée suivante : les Européens feraient une relance à la chinoise avec de grands travaux d’infrastructure. Les Chinois se lanceraient dans une relance à l’européenne avec beaucoup plus de création de crédit et de rachats de créances douteuses. Les Japonais ont déjà construit beaucoup de ponts qui n’enjambent rien et procédé au plus grand quantitative easing (QE) du monde. Ils restent en éclaireurs avec des émissions obligataires à taux négatif. Quant aux Américains, ils ne feront rien pour cause de campagne présidentielle, mais tout le monde pense que la hausse des taux marquera le pas.

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